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Fermeture d’un CPE de Montréal : parents sans service de garde, équipe mise à pied

Après des mois de discussions à huis clos avec le ministère de la Famille, une garderie de Montréal ferme ses portes avec moins de 90 jours de préavis pour les parents. La quasi-totalité du personnel est mise à pied, et le plan de relocalisation manque cruellement de places, selon les parents.

Après des mois de discussions à huis clos avec le ministère de la Famille, une garderie de Montréal ferme ses portes avec moins de 90 jours de préavis pour les parents. La quasi-totalité du personnel est mise à pied, et le plan de relocalisation manque cruellement de places, selon les parents.

Le centre de la petite enfance (CPE) Les Bécasseaux, dans Montréal-Est, fermera le 15 septembre pour rénovations, une annonce qui n’accorde que 81 jours de préavis aux familles.

Cette garderie subventionnée ne respecte plus les normes de sécurité incendie depuis bientôt deux ans; on se sait pas depuis quand le gouvernement et la direction ont conscience du problème. Les rénovations se préparaient depuis au moins quatre mois, probablement plus, et les parents se demandent pourquoi rien ne leur a été communiqué avant le 26 juin.

La garderie devrait rouvrir en mai 2026.

D’ici là, 27 enfants fréquentant le CPE seront pris en charge par des garderies aux quatre coins de la ville, au prix de plusieurs heures de déplacement supplémentaires chaque jour. Et excepté trois employés, l’ensemble du personnel se retrouvera sans emploi ni rémunération pendant les rénovations. Les parents se voient forcés de chercher une garderie abordable en catastrophe, car le gouvernement provincial n’a pas alloué de budget au CPE pour la location d’un espace temporaire.

Les parents affirment que leurs frustrations ont trouvé peu d’échos auprès du directeur général du CPE, Robert Racine.

« Le CPE ne nous a pas avertis de la fermeture; ce sont les éducatrices qui nous ont appris qu’elles perdaient leur emploi, » raconte Fred, un des parents. Ceux-ci ont diffusé la nouvelle, qui a suscité solidarité et indignation justifiée dans les familles, selon une mère.

L’équipe a appris que la plupart des éducatrices se retrouveraient au chômage durant la fermeture, mais n’a reçu aucune précision sur la durée de celle-ci ni les raisons qui la motivent.

Une porte-parole de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) nous a expliqué par courriel que le bâtiment ne respecte plus les normes de sécurité incendie depuis au moins deux ans. Toutefois, la lettre du CPE annonçant la fermeture aux parents en fait à peine mention et mentionne principalement la « rénovation » et « l’agrandissement ». Ce dernier, qui ne fera techniquement pas partie des Bécasseaux, prendra la forme d’un nouveau CPE, a expliqué la porte-parole de la CSN au Rover.

« Les travailleuses seront mises à pied au mois de septembre, si ce n’est pas plus tôt, » selon la porte-parole, en raison de la baisse de fréquentation estivale. Le syndicat ne détient « pas plus d’informations sur le plan prévu à court et à long terme par la direction, tout comme les travailleuses et les parents concernés. » 

Le CPE Les Bécasseaux a commencé à planifier les rénovations et la fermeture au moins trois mois avant d’en avertir les parents et le personnel; probablement avant, étant donné que le bâtiment ne respectait plus les normes incendie depuis au moins deux ans. Pourtant, la direction n’a organisé aucune discussion publique ni annonce.

Le directeur général Robert Racine explique dans sa lettre aux familles que le CPE et le ministère se sont rencontrés en avril pour discuter des rénovations nécessaires. Il y déclare avoir expliqué au ministère que le CPE ne disposait pas des fonds nécessaires pour la location d’un local temporaire.

« À ce jour, aucun soutien financier ne nous a été proposé par le ministère pour permettre cetterelocalisation », peut-on lire dans la lettre. 

Illustration: Savannah Stewart

La semaine du 16 juin, le CPE a ouvert un appel d’offres pour les rénovations, une obligation pour les partenariats public-privé en cas de projet majeur. La loi les oblige également à choisir le plus bas soumissionnaire. Une offre a été acceptée dans la semaine.

Robert Racine affirme qu’après avoir accepté l’offre, il a demandé une réunion de clarification avec le ministère, « qui semblait mal informé de la situation », mais a approuvé le tout.

Le 25 juin, tous les parents avaient été avertis que le CPE fermerait en septembre, et que seuls trois membres du personnel conserveraient leur emploi. Le 26 juin, Robert Racine a envoyé la lettre confirmant ces nouvelles.

Une porte-parole du ministère de la Famille, qui a décliné la demande d’entrevue téléphonique du Rover, a déclaré que des solutions de rechange avaient été proposées aux parents, et que « le Ministère comprend que cette situation génère de l’incertitude chez certaines personnes et est disponible pour les soutenir ». 

Les parents, eux, ne se sentent pas soutenus.

« Aucune solution concrète n’a été offerte pour relocaliser tous les enfants; les éducatrices sont mises à pied, sans plan clair; et la direction refuse tout véritable dialogue avec les parents », explique par courriel Geneviève, dont l’enfant fréquente Les Bécasseaux.

Le CPE peut accueillir 61 enfants par jour. Le courriel aux parents indique que d’autres CPE seraient en mesure d’offrir 53 places dans diverses tranches d’âge. Cependant, selon l’information fournie aux parents par le directeur général, seules 40 places seront ouvertes, alors que 57 enfants fréquentent actuellement Les Bécasseaux. Certains passent à la première maternelle, mais les autres ont besoin d’un nouveau CPE jusqu’à mai 2026. Plusieurs n’auront donc plus accès aux services de garde, mais ceux qui occuperont une des places proposées par Les Bécasseaux ne seront pas vraiment mieux lotis.

On ne compte que 24 places à distance raisonnable des Bécasseaux, après quoi la plus proche se trouve à au moins 40 minutes en train. Et 12 places sont situées de l’autre côté de l’île, dans Notre-Dame-de-Grâce.

Notre-Dame-de-Grâce, le Centre-Sud et Saint-Michel, où se trouvent 31 des 53 places. Illustration: Isaac Peltz

 « Je ne vois pas comment on pourrait choisir un CPE plus éloigné, surtout pour quelqu’un qui dépend du métro. Ça représente deux heures de transport en plus par jour, ce qui ne marche pas quand on a d’autres enfants à l’école ou d’autres activités dans le secteur », se lamente Joanna, une autre parente.

Face au silence du directeur général, les familles ont lancé une pétition et fait pression jusqu’à ce qu’il convienne de les rencontrer le 3 juillet. Selon certains des parents qui se sont entretenus avec le Rover, il s’est montré « condescendant » et impoli. Les éducatrices n’ont pas pu assister à la réunion, malgré les efforts des parents.

« C’était une démonstration de manque de respect. Je ne sais pas pourquoi, peut-être de l’anxiété… Mais il ne savait pas comment réagir à la colère justifiée des parents, qui attendaient de lui qu’il fasse preuve de leadership », raconte Joanna. Un sentiment partagé par les autres parents; la réunion n’ayant pas éclairci la situation, le groupe en est ressorti exaspéré, fâché et avec le sentiment de ne pas avoir été entendu. 

« Le syndicat des éducatrices essaie de changer les choses [dans ce CPE] depuis trois ans, mais sans succès. Elles ne sont pas bien traitées », déplore par courriel Véronique, mère d’un enfant fréquentant Les Bécasseaux. Certains parents supposent que le directeur général essaie de se débarrasser du personnel, une théorie que la CSN ne partage pas. Bien que l’ancienneté de certains membres du personnel compte parmi les plus élevées du réseau de CPE des Bécasseaux, le syndicat ne pense pas que la manœuvre vise à les remplacer par des employées à plus bas salaire.

Robert Racine est parti en vacances le lundi 7 juillet. Nous lui avons envoyé plusieurs courriels et communiqué avec le personnel, qui lui a également demandé des explications. Jusqu’à présent, silence radio. Il sera de retour le 28 juillet. S’il nous fournit un commentaire, nous mettrons l’article à jour.

Le syndicat veut que la situation se résolve. « Nous sommes ouverts et nous nous montrerons disponibles à avoir des discussions avec la direction du CPE afin de trouver des solutions et que les travailleuses ne soient pas pénalisées par la fermeture temporaire », conclut la porte-parole. 

Vous n’avez pas accès aux services de garde pour votre enfant? Communiquez avec le ministère de la Famille :

1-855-336-8568

https://www.mfa.gouv.qc.ca/fr/pour-nous-joindre/Pages/index.aspx

Author

Isaac is an investigative journalist combining their lifelong ethical pursuit of information and democracy with an insatiably curious mind. They are a bilingual journalist based in Montréal who specializes in uncovering the political and economic forces shaping Canadians’ everyday lives. Their reporting — ranging from deep dives into the national housing crisis and provincial education policy to rigorous examinations of government ethics — has appeared across independent outlets in both English and French. With more than 150,000 followers on social platforms, Isaac pairs traditional shoe‑leather reporting with multimedia storytelling, producing articles, podcasts, and on‑camera pieces that make complex public interest issues accessible to a broad audience.

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