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La Mort d’un Immigrant

Après six mois de recherches, de rumeurs et une enquête policière qui tournait en rond, le
corps d’Eduardo Malpica a été retrouvé dans le fleuve Saint-Laurent la semaine dernière.

Après six mois de recherches, de rumeurs et une enquête policière qui tournait en rond, le
corps d’Eduardo Malpica a été retrouvé dans le fleuve Saint-Laurent la semaine dernière.

PHOTO: gracieuseté Chloé Dugas.

Traduction par Florie D. Kemp

Eduardo Malpica avait 12 ans lorsque son père a quitté sa famille au Pérou pour partir s’établir au Québec.

Il n’avait pas le choix, le pays s’enfonçait dans une guerre civile marquée par les disparitions forcées et
les escadrons de la mort. Son travail comme changeur de devise l’amenait à transporter quotidiennement
des liasses de billets dans les rues de Lima. Au plus fort de la violence, un de ses collègues avait été
victime d’une embuscade, volé et laissé pour mort dans une ruelle.

Ce n’était pas un endroit pour élever des enfants.

Une fois la frontière canadienne franchie, Pedro, le père d’Eduardo, a demandé le statut de réfugié et a
travaillé pendant cinq ans pour faire venir sa femme et ses enfants.

Le caractère d’Eduardo s’est forgé dans l’adversité pendant ces longues années. Devenu l’aîné de la
famille, il avait la responsabilité de subvenir aux besoins de sa mère et de sa petite sœur. Il vendait des
crayons et autres babioles dans la capitale et ramenait le peu qu’il gagnait dans leur petit appartement
d’une chambre.

Un soir de Noël, après avoir économisé assez de monnaie pour acheter des cadeaux à sa famille, Eduardo
a été battu et volé sur le chemin du retour. Ça aurait pu le briser, mais au lieu de cela, il a continué à
avancer. Lorsqu’ils sont tous les trois finalement arrivés au Canada, c’était le moment pour Eduardo de
s’épanouir.

Il s’est plongé dans ses études : en quelques années, le jeune homme de 16 ans qui ne parlait pas un mot
de français est devenu un brillant étudiant à l’Université du Québec à Montréal. À l’âge de 44 ans,
Eduardo Malpica vivait l’histoire parfaite d’un immigrant : il était maintenant professeur de sociologie et
il habitait une maison au centre-ville de Trois-Rivières avec sa tendre partenaire et leur petit garçon.
Eduardo Malpica a disparu en novembre dernier après avoir été attaqué dans un bar de Trois-Rivières,
puis traîné sur le trottoir et jeté dans la nuit froide sans son manteau ni son portefeuille.

Au terme de six mois de recherches, de rumeurs et d’une enquête policière qui semblait tourner en rond,
le corps d’Eduardo Malpica s’est finalement échoué sur les rives du fleuve Saint-Laurent la semaine
dernière.

On pourrait penser que cela permettra enfin à sa famille de tourner la page, de commencer à guérir et de
retrouver un semblant de vie normale. Mais étant donné le grand nombre de questions qui restent sans
réponse, la confirmation de la mort d’Eduardo Malpica n’est que le début d’une lutte pour la vérité qui
pourrait durer des années.


Chloé Dugas garde un autel en l’honneur de son conjoint Eduardo Malpica. PHOTO: Chloé Dugas


« Aujourd’hui, je me suis réveillé avec le sentiment que je pouvais changer le monde, Cholita ! »

La voix d’Alejandra Zaga Mendez se met à trembler lorsqu’elle lit le message à voix haute. Pendant des
années, Eduardo lui envoyait ce genre de textos à l’optimisme agaçant chaque lundi matin.

Des messages comme « Bon lundi! » ou « Vamos que vamos! », comme un cri de ralliement pour contrer
la grisaille d’une nouvelle semaine de travail. Ça peut sembler naïf ou ridicule, mais c’était toujours
sincère. C’était une façon pour Eduardo d’exprimer à son amie Alejandra qu’il se souciait d’elle.

Tous les deux immigrants péruviens, ils se sont connus sur ce territoire qu’on appelle le Québec. Au fil
des ans, leur groupe d’ami·es a grandi pour y inclure d’autres expatrié·es latino-américain·es en quête de
repères et de relations en terre étrangère. Au sein de ce cercle tissé serré, Eduardo a joué le rôle du grand
frère, s’occupant de tout le monde, qu’ils le veuillent ou non.

« Le jeudi, il nous écrivait pour nous dire qu’il avait la gorge sèche. C’était sa façon de nous demander si
on voulait aller boire un verre », raconte Alejandra, qui est restée proche d’Eduardo jusqu’à sa mort. « Il
arrivait à mon appartement avec un sac de chips et une caisse de bières et on riait ensemble. Maintenant
qu’il est parti, avec ces messages je peux garder une partie de lui : ses mots ».

Assise sur une terrasse de Trois-Rivières lundi après-midi, Alejandra fait défiler les fragments numériques
d’un homme qu’elle aimait profondément. Dans quelques heures, elle assistera à une vigile en son
honneur, le premier rassemblement public pour commémorer Eduardo Malpica depuis la découverte de
son corps la semaine dernière.

Alors qu’elle se préparait à une soirée forte en émotions, Alejandra a passé l’après-midi avec Chloé
Dugas, la veuve d’Eduardo Malpica. Toutes les deux submergées par la réalité de sa mort.

« Parfois, j’ai peur d’oublier sa voix », se confie Chloé. « C’était la voix de l’amour de ma vie, c’était la
voix du père de notre enfant. C’est ce petit morceau de lui que je ne peux pas supporter de perdre ».

Depuis sa disparition à l’automne dernier, le discours entourant Eduardo Malpica s’est concentré sur les
circonstances violentes qui ont mené à sa disparition. Avec raison.

La dernière fois où Eduardo Malpica a été vu remonte au 26 novembre dans le centre-ville de Trois-
Rivières, où il vivait et travaillait en tant qu’enseignant au collégial. Il fêtait avec des collègues dans un bar, mais après leur départ, les choses ont pris une mauvaise tournure. Eduardo, qui était resté sur place,
est passé d’un état normal de lucidité à celui d’une personne à peine capable de se tenir debout.

Peu de temps avant 2 heures du matin, Eduardo Malpica a été attaqué par un groupe d’hommes blancs qui
l’ont expulsé du bar et l’ont menacé. Ils soutiennent qu’il avait fait des avances non désirées à une femme
de leur groupe. Au lieu de laisser les autorités s’occuper de la situation, les employés du bar ont laissé
Eduardo partir à pied, sans son manteau ni son portefeuille.

Six mois plus tard, c’est un pêcheur qui a retrouvé son corps flottant dans la baie de Beauport, à près de
140 kilomètres en aval de la ville portuaire de Trois-Rivières.

Les ami·es d’Eduardo Malpica pensent qu’il a été drogué au GHB, un psychotrope incapacitant connu
sous le nom de « drogue du viol ». Les attaques au GHB sont si fréquentes à Trois-Rivières que quatre
mois avant la disparition d’Eduardo, les bars et les clubs du centre-ville ont commencé à donner aux gens
des couvercles en plastique pour leurs verres, à renforcer la sécurité et à prévenir les employé·es pour
qu’ils soient à l’affût de tout comportement prédateur. Deux personnes qui se trouvaient au bar le même
soir qu’Eduardo affirment avoir été droguées.

Les policiers étaient au courant de la possibilité qu’Eduardo ait été drogué la nuit de sa disparition. L’une
des personnes ayant été droguées au même bar les a avisés le lendemain. C’est seulement deux mois plus
tard que la police a retourné son appel.

Les enquêteurs ont plutôt prétendu qu’il s’agissait d’une « disparition volontaire », c’est-à-dire qu’il
aurait abandonné sa famille sans même faire un appel ou envoyer un texto. Ils s’en sont tenus à cette
théorie pendant des mois, même s’il n’y avait pas la moindre trace de preuve indiquant qu’Eduardo était
encore en vie. En mars, ils ont adopté une nouvelle version des faits : Eduardo aurait eu tellement honte
de ses actes au bar qu’il serait resté dans le froid toute la nuit et qu’il se serait jeté dans le fleuve le
lendemain.

S’il y a quelque chose qui se perd dans toute l’histoire de cette terrible nuit, c’est bien Eduardo Malpica
lui-même.

Ce lundi, alors qu’une centaine de personnes se sont réunies pour lui rendre hommage à Trois-Rivières,
une image plus claire a commencé à se dessiner : il était un survivant, un ami, un enseignant, un lecteur
passionné et un militant animé par un ensemble de convictions profondes.

Mais par-dessus tout, il était un homme dévoué à la famille.

Non seulement à Chloé, à leur fils Santiago, à sa sœur et à ses parents. Mais aussi à cette famille élargie
d’expatrié·es qui pouvaient compter sur lui pour les conseiller et les aider à s’adapter à la vie au Québec.

Alejandra, en particulier, a tissé un lien profond avec Eduardo et son projet de recherche sur la violence
politique dans leur pays d’origine. Lorsqu’elle a appris l’horrible nouvelle la semaine dernière, elle a
fouillé dans ses affaires pour retrouver le mémoire de 350 pages de son ami Eduardo.

« Il est allé au Pérou et a interviewé les familles de personnes disparues », raconte Alejandra. « C’était un
travail exceptionnel, plein d’empathie, d’amour et de passion. Quand j’ai trouvé sa thèse, je me suis assise
avec une bière et je l’ai lue jusqu’au bout.

C’était comme passer une soirée avec mon vieil ami. »


Ils ont installé une photo d’Eduardo Malpica sur un crucifix en bois au confluent du Saint-Maurice
et du Saint-Laurent.

Au-dessus de la photo de son conjoint, Chloé Dugas a placé une carte postale représentant El Cristo
Morado, une peinture du Christ drapé de violet alors qu’il meurt sur la croix. Ce symbole du catholicisme
péruvien perdure à Montréal grâce aux familles qui assistent à une procession en l’honneur d’El Cristo
Morado dans une église de l’Est de l’île chaque année au mois d’octobre.

« Le lieu débordait de gens qui habituellement ne vont pas à l’église, mais pour qui ce jour est sacré »,
raconte Chloé. « On y allait chaque année. C’était important pour lui de transmettre cette tradition à notre
fils. »

Elle a déniché une vieille photo d’Eduardo tenant Santi à l’intérieur de l’église Nuestra Señora de
Guaedaelupe. La photo ne date pas de si longtemps, mais le garçon y semble tellement plus jeune. On le
voit suçant son index et son majeur, alors qu’il observe par-dessus l’épaule droite de son père.

Au début, Chloé se demandait si les gens allaient venir pour Eduardo. Bien que la communauté se soit
ralliée à elle après la disparition de son conjoint, le couple était nouvellement à Trois-Rivières et ils
n’avaient pas le même réseau qu’à Montréal.

Même si son passage dans la ville portuaire fut de courte durée, Eduardo avait noué des relations grâce à
son travail au sein d’un organisme communautaire et en tant que nouvel enseignant fort apprécié au
Collège Laflèche. C’est son collègue d’un organisme militant local, Steven Roy Cullen, qui a assemblé le
crucifix et aidé Chloé à traverser la tempête médiatique qui a suivi la disparition d’Eduardo Malpica.

« Je ne l’ai pas connu très longtemps et je le regrette énormément », a-t-il déclaré. « Car sa famille et ses
amis reflètent merveilleusement bien qui était Eduardo. »

Steven a joué le rôle de maître de cérémonie lundi, installant un haut-parleur et un microphone pour
toutes les personnes qui souhaitaient partager un souvenir de leur ami. Chloé n’a pas beaucoup parlé sauf
pour remercier tout le monde d’être venu. Pour Alejandra Zaga Mendez et Martín Incio, les émotions
étaient trop vives pour dire quoi que ce soit sans éclater en sanglots.

« Il ne savait même pas nager, il avait terriblement peur de l’eau », dit Chloé, en s’adressant à ses ami·es
alors qu’elle vient de quitter le micro. « Se retrouver piégé sous la glace, je ne peux pas imaginer un pire
sort pour lui ».

Alors que des dizaines de personnes commencent à affluer sur la berge, les parents de Chloé arrivent avec

Santi. Le petit garçon a couru avec les autres enfants et il s’est assis avec les employées de la garderie qui étaient présentes pour lui ce soir-là. Vers la fin de la vigile, cependant, Santi s’est approché de Steven et
lui a demandé le micro.

« Je… je comprends pas ce qui est arrivé à mon papa », a-t-il. « Merci d’être venu·es. »


Des personnes ont écrit des messages pour Eduardo lors de la vigile à Trois-Rivières lundi. PHOTO : Chris Curtis

Martín Incio a quitté le Mexique pour le Québec il y a neuf ans.

Comme tous les immigrants, il dit avoir vécu une forme de deuil prolongé dans son nouveau pays. Bien
qu’il ait aimé le caractère dynamique de Montréal, apprendre une nouvelle langue et une nouvelle culture
n’était pas chose facile. Toutefois, il s’est accroché à ses cours de français et il a travaillé dur pour se faire
des ami·es, puis il est tombé amoureux d’une Québécoise moins d’un an après le début de sa nouvelle vie.

Alors qu’il commençait à fréquenter Marie-Claude, celle-ci lui a parlé d’un ami péruvien qu’elle était sûre
que Martín aimerait. Quelques années plus tôt, lorsque Marie-Claude avait soutenu sa thèse à l’Université
d’Ottawa, un seul de ses ami·es s’était présenté pour l’encourager : Eduardo.

« Même quand on désire fortement s’intégrer à notre nouveau pays, on doit aussi faire le deuil de
l’ancien. Ou du moins, trouver une façon de rester connecté à une petite partie de notre pays d’origine »,
raconte Martín, qui était également à Trois-Rivières pour la vigile. « La famille de ma mère est originaire
du Pérou et c’est grâce à Eduardo que j’ai pu mieux comprendre mes propres racines.

« Ça fait bizarre de dire que l’on doit traverser un continent pour découvrir d’où l’on vient, mais c’est
comme ça que ça s’est passé. Au fil du temps, Eduardo est devenu un bon ami, puis il est devenu comme
un frère. On jouait dans la même ligue de soccer, on regardait ensemble le fútbol sud-américain au bar
Champs sur le boulevard Saint-Laurent ou bien on discutait de la politique de notre pays. »

« Mais on avait aussi adopté notre nouvelle culture. Je me souviens quand les Canadiens se sont rendus en finale de la Coupe Stanley, on regardait tous les matchs et on s’envoyait des textos toute la soirée du
match. Je ne m’étais jamais intéressé au hockey avant, mais c’est devenu une autre chose que je pouvais
partager avec mon frère. »

Alejandra Zaga Mendez a rencontré Eduardo en 2009 par l’entremise de son amoureux de l’époque.
Celui-ci animait une émission de radio avec Eduardo à l’université. Même si la relation avec son petit ami
s’était terminée, elle avait développé quelque chose de précieux avec Eduardo.

Ensemble, ils sont devenus membres de Québec Solidaire – un parti de gauche qui défend la souveraineté
du Québec et les droits des travailleurs et travailleuses. En 2018, Alejandra était tellement impliquée que
le parti lui a demandé de se présenter dans la circonscription de Montréal-Nord lors des élections
provinciales.

« Quand je lui ai dit que j’envisageais de le faire, il a voulu qu’on s’assoie parce qu’il voulait savoir ce
qui me motivait exactement », raconte Alejandra. « Il voulait être sûr que je le faisais pour les bonnes
raisons et il m’a vraiment mis à l’épreuve. C’est seulement après avoir répondu à toutes ses questions
qu’il m’a donné sa bénédiction. »

« Il était comme ça pour tout, très méticuleux et réfléchi. Quand il voulait aller au cinéma, il nous
envoyait une description interminable de chaque choix possible ; avec ce que les critiques en disaient, le
nom du réalisateur, avec la signification culturelle du film. C’est juste comme ça que son esprit
fonctionnait ».

Malgré sa défaite lors de sa campagne en 2018, Alejandra s’est à nouveau présentée en 2022, mais cette
fois-ci dans la circonscription de Verdun, dans le sud-ouest de Montréal, un quartier qu’Eduardo lui avait
fait découvrir quelques années plus tôt.

« Le soir de mon élection, j’avais le COVID-19, alors j’ai passé une grande partie de la soirée en appel
Zoom avec Eduardo et nos ami·es », raconte Alejandra. « Même dans ces circonstances, c’est un moment
magnifique qu’on a pu partager. Il était si fier de moi et je me suis sentie tellement chanceuse de l’avoir à
mes côtés. »

Eduardo Malpica a disparu la veille de la cérémonie d’assermentation d’Alejandra comme députée à
l’Assemblée nationale. Alejandra se souvient d’être arrivée à Trois-Rivières ce week-end-là et d’avoir
arpenté la ville à la recherche d’une trace de son ami.

« Ça a été difficile de retourner à Québec et de se concentrer sur la politique après ça », se remémore-t-
elle. « La session parlementaire a commencé avec sa disparition et maintenant, alors qu’on s’apprête à fermer pour l’été, ils viennent de trouver le corps d’Eduardo. D’une certaine manière, c’est comme s’il
était avec moi en esprit pendant tout ce temps. Du moins, c’est comme ça que je choisis de voir les choses. »

Lorsque la police a examiné le corps d’Eduardo Malpica pour la première fois, il était dans un état de
décomposition tellement avancé qu’ils n’étaient pas en mesure de dire s’il s’agissait d’un homme ou
d’une femme. Après l’avoir finalement identifié à l’aide de sa fiche dentaire, le premier réflexe de la
police a été d’envoyer un communiqué de presse affirmant qu’il n’y avait aucune trace de violence sur le
corps d’Eduardo Malpica.

Cependant, la police ne dispose pas de l’autorité nécessaire pour émettre une telle conclusion. Pour
l’instant, la dépouille d’Eduardo Malpica est entre les mains du coroner du Québec, qui procédera à une
autopsie détaillée – y compris un rapport des analyses toxicologiques – avant de déterminer la cause du
décès. Le coroner est également habilité à interroger des agents de police, des témoins et toute autre
personne susceptible de faire la lumière sur les dernières heures de la vie d’Eduardo.

Chloé Dugas assure qu’elle fera pression pour que le rapport du coroner soit rendu public.

Tout comme Eduardo Malpica, la famille d’Alejandra a quitté le Pérou pour s’établir au Québec alors
qu’elle était adolescente. Alejandra explique que c’est en grande partie grâce à Eduardo qu’elle a
commencé à assumer sa double identité péruvienne et québécoise.

« On fêtait la Saint-Jean avec la même joie qu’on fêtait (la fête nationale péruvienne) parce qu’on aimait
nos deux pays », se confie-t-elle. « Il disait que lorsqu’on aime un endroit, on doit s’y engager et se battre
pour un futur meilleur, pour tout le monde. »

Lorsque j’ai commencé à enquêter sur la disparition d’Eduardo Malpica, j’ai délibérément évité d’en
apprendre trop sur sa personne. C’est mon travail et quand le travail commence à se mêler avec notre vie
personnelle, on ne peut plus le faire très longtemps.

Mais au cours des cinq derniers mois, après avoir rencontré Chloé Dugas, ses parents, Santi, Alejandra et
Martín, je n’ai pas arrêté de penser à lui.

Non pas à Eduardo, la victime. Mais à Eduardo, le père, Eduardo qui écrit des textos poétiques, Eduardo
le garçon qui a dû galérer dans les rues de Lima et qui s’est construit une nouvelle vie à l’autre bout du
monde. Jusqu’à son dernier jour sur cette terre, Eduardo veillait la nuit sur son fils endormi pour s’assurer qu’il allait bien.

Maintenant le garçon devra grandir sans son père.

« Je pense que c’est ce qui est le plus triste. Eduardo s’est battu toute sa vie : pour sa famille, pour ses
ami·es et contre les injustices » se confie Chloé. « Le fait qu’il soit mort d’une manière aussi injuste, c’est
peut-être ce qu’il y a de plus triste dans toute cette histoire. »

Author

Christopher used to work for Postmedia; now, he works for you. After almost a decade at The Montreal Gazette, he started The Rover to escape corporate ownership and tell the stories you won’t find anywhere else. Since then, Chris and The Rover have won a Canadian Association of  Journalists award, a Medal of the National Assembly, and a Judith Jasmin award — the highest honour in Quebec journalism.

Comments (1)
  1. anything new on what happened to him ?

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