Comme une fille
À Montréal, des femmes et des personnes de la diversité de genre luttent pour l’inclusion dans les sports de combat.

Cory qui se prépare pour monter dans le ring. PHOTO: Katia Briand
Je rencontre l’équipe du gym Apex Martial Arts autour de bols de pho dans un restaurant vietnamien à Ottawa : le premier repas de la journée pour Cory qui montera sur le ring dans quelques heures.
Elle participe au seul combat féminin de la soirée. La faible présence de femmes à ces événements est chose courante. De façon plus inhabituelle, une équipe entièrement féminine se tiendra dans le coin de la jeune combattante pour l’accompagner lors de son premier combat d’exhibition de muay thaï: ses coachs Morgane Mary-Pouliot et Priscilla Paré.
Cory s’agite, mais c’est de l’excitation plutôt que de la nervosité qui l’anime. Elle joue avec ses tresses, demande à Morgane quand boire sa dernière bouteille de Gatorade, quelle collation acheter.
Les combats eux-mêmes durent huit minutes tout au plus. Mais la préparation qui mène au combat s’étend de longues heures une fois passée l’étape de la pesée. Rares de nos jours sont les occasions de s’asseoir dans une attente aussi méditative.
On parle de tout et de rien en attendant qu’arrive l’heure de s’échauffer : entorses, Tinder et Thaïlande. Morgane porte un t-shirt au logo de leur gym. Elle l’a modifié elle-même en coupant les manches pour mettre en valeur les bras qu’elle a sculptés pendant des mois en camp d’entraînement.
« J’ai dit à Ryan : il nous faut des meilleurs t-shirts pour femmes. Les t-shirts pour hommes montrent pas mes bras. Il me répond ‘OK, je vais commander des V-neck’. »
Toutes éclatent de rire en chœur : la complicité se forge dans les aspects les plus anodins de l’expérience d’un monde conçu pour les hommes.
Soutenez un projet de journalisme indépendant.
La pratique du muay thaï étant illégale au Québec, l’équipe d’Apex entretient une relation de fraternité avec le gym ontarien Westside Muay Thai.
L’esprit d’équipe règne entre les différents gyms qui s’opposent dans le ring ce soir-là, autour de verres de bières et de pointes de pizza. Plusieurs des membres du gym de l’adversaire de Cory portent fièrement leurs t-shirts « Tiny Tank ».
Tiny Tank, c’est le surnom de combattante de Morgane Mary-Pouliot. Elle pratique le sport depuis six ans: elle flirte déjà avec la renommée et cumule plus de combats que tous les autres coachs de son gym.
Sur le ring, Morgane est imposante, inébranlable. Je l’ai vue enfoncer le nez de son adversaire dans son crâne, la faire saigner. En personne, Morgane est d’une douceur désarmante.
Enfant, Morgane adore les sports d’équipe. Dans sa ville natale de Québec, elle joue au hockey, puis au basketball, mais il n’y a pas d’équipe féminine à son école secondaire et les garçons ne veulent pas jouer avec une fille. Elle se rabat alors sur la boxe, puis le kickboxing quatre ans plus tard lorsqu’elle déménage à Montréal.

Morgane Mary-Pouliot sur le ring à Apex. PHOTO: Katia Briand
À ce moment-là, elle cherche simplement à se mettre en forme. Elle choisit un gym dédié uniquement aux femmes, pour rendre l’expérience moins intimidante.
Morgane prend rapidement goût aux sports de combat. Quelques mois seulement après avoir commencé à s’entraîner, elle participe à un premier combat d’exhibition en muay thaï. « Je me suis fait péter la gueule, mais j’ai vraiment aimé ça ».
Elle participe à cinq autres smokers au cours de sa première année chez Apex et planifie un premier voyage en Thaïlande pour s’entraîner avec des champions aguerris de l’art martial.
Le corps de fighter
À mon étonnement, Morgane ne se considère pas athlétique.
Pourtant, son ascendance fulgurante me semble témoigner du contraire. Elle l’attribue plutôt à sa compréhension du sport et à sa flexibilité mentale, ce qu’on appelle « le fight IQ », en plus de sa détermination implacable. Elle juge que ce manque d’athlétisme naturel – c’est-à-dire la force, l’explosivité, la vitesse – mène à son exclusion des équipes masculines à l’adolescence, à une époque où l’acuité mentale n’est simplement pas reconnue par ses pairs.
Athlète depuis toujours, Nathalie Forget a pratiqué différents sports au cours de sa vie : course, patin, plongeon. Elle a raccroché ses gants de boxe il y a dix ans, au terme d’une carrière qui l’a fait voyager à travers le monde. Aujourd’hui, elle canalise son amour toujours bien vivant pour le sport en tant que kinésiologue et entraîneuse. Depuis sa retraite, elle n’a jamais été attirée par l’idée d’entraîner des athlètes professionnels. Ce qu’elle trouve gratifiant, c’est de partager sa passion avec monsieur et madame Tout-le-Monde à travers la mise en forme. Une façon indirecte pour elle d’introduire les femmes au sport, sachant que ces dernières ne gravitent pas naturellement vers cette activité.
Nathalie découvre le karaté à l’âge de 19 ans, puis le kickboxing, qui demeure le sport qu’elle aurait préféré pratiquer de façon professionnelle. Mais à l’époque où elle commence sa carrière, il y a encore moins de femmes dans le milieu, ce qui limite ses possibilités d’évoluer de façon compétitive. Elle choisit la boxe pour combler ses ambitions.

Nathalie Forget au Centre sportif d’UQAM. PHOTO: Katia Briand
Lorsque Nathalie débute sa carrière au niveau amateur, la discipline n’est pas encore ouverte aux femmes aux Jeux olympiques. Elle ne le sera qu’à partir de 2012. Comme dans beaucoup d’autres sports, les règlements en boxe féminine comportent quelques aberrations : les femmes s’affrontent pendant moins de rounds, chaque round étant de plus courte durée que chez les hommes.
Nathalie m’explique qu’on juge les femmes plus fragiles, donc moins capables d’encaisser les coups. « C’est quoi de la boxe féminine? Nous, on ne veut pas faire de la boxe féminine, on veut faire de la boxe. C’est le même sport. Donnez-nous les mêmes règlements. »
Le corps masculin cisgenre demeure le critère de référence à partir duquel est jugé l’athlétisme. Les qualités explosives, c’est-à-dire la puissance, le rapport force-vitesse, définissent un athlète de haut calibre. De toute évidence, ces biais sociaux et scientifiques influencent les dynamiques au sein des gyms et des clubs.
Les femmes n’étaient simplement pas les bienvenues dans un des gyms où Nathalie commence sa carrière de boxeuse. C’est son entraîneur de l’époque qui met la pression pour qu’elle soit admise au gym, sous menace de retirer son équipe masculine qui s’y entraîne déjà.
Nathalie se fait inclure à contrecœur : elle se change dans un placard à balai. Elle est perçue comme une distraction pour les hommes qui s’entraînent avec elle. Sa rigueur, son sérieux et inévitablement son talent finissent par lui mériter leur respect.
Elle ouvre alors la voie à un bon nombre de boxeuses qui suivront dans ses pas et seront admises dans la même salle d’entraînement : un héritage dont elle est fière. Dommage toutefois qu’il faille dépendre de la persévérance acharnée d’une athlète de son envergure pour convaincre que les femmes y méritent leur place.
Les personnes socialisées en tant que femmes se font continuellement rabâcher depuis l’enfance qu’elles ne sont pas fortes. Morgane observe que celles qui testent le sparring pour la première fois ont donc tendance soit à mal contrôler leur force ou à avoir peur de la déployer. C’est entre femmes qu’elle se fait dire pour la première fois qu’elle frappe trop fort : les hommes avec qui elle s’entraîne n’auraient jamais voulu l’admettre. « Les gars vont soit faire le punching bag ou te traiter en punching bag ».
Le sparring réservé aux femmes est ajouté à l’horaire chez Apex pour permettre à Morgane de s’améliorer lors d’un camp d’entraînement. Au terme de l’exercice, on constate l’avantage d’offrir cette activité de façon permanente à l’équipe féminine de compétition, puis aux femmes qui ont atteint un niveau plus avancé à l’entraînement.
Offrir des occasions aux femmes de s’entraîner entre elles représente beaucoup plus qu’un espace à l’abri des biais sociaux renforcés par la culture sportive. Il s’agit d’une opportunité concrète d’améliorer sa technique et de progresser dans son cheminement.
Envers et contre tous
En octobre, j’assiste à un événement de sparring pour femmes de l’organisme ontarien SHEspars au Club Hanumans. L’organisme à but non-lucratif fondé par Damali Fraiser, entraîneuse et ancienne combattante de muay thaï, propose des activités réservées aux femmes et aux filles qui veulent s’adonner au muay thaï dans une logique d’empowerment qui favorise la croissance et le développement.
Une ambiance cordiale et surtout décomplexée s’installe naturellement alors que les participant.es bandent leurs mains et s’étirent en attendant le début de la session. La vingtaine de combattant.es, venu.es représenter des gyms situés aux quatre coins de Montréal et même de l’Ontario, réchauffent rapidement l’espace étroit tapissé de tatamis. L’activité est structurée comme suit: des rondes de sparring de trois minutes entrecoupées de pauses d’une minute avec changement de partenaire à chaque nouvelle ronde.
Dès le premier son de cloche, les rires se mêlent aux conseils proférés avec bienveillance et encouragement. Plusieurs expriment le besoin criant pour ce genre d’activité à leur propre gym. L’entraîneuse et propriétaire du Hanumans, Amélie Chartrand, s’élance avec entrain et énergie sur le ring pour montrer à une jeune combattante venue exprès de l’Ontario comment ajuster sa posture.

Amélie Chartrand fait une démonstration au Hanumans Club. PHOTO: Katia Briand
Amélie n’a pas le physique de l’emploi lorsqu’elle découvre le muay thaï pendant un voyage en Thaïlande il y a une quinzaine d’années : « je pesais 180 livres, j’avais pas de cardio, pas de masse musculaire, pas de coordination, j’avais pas d’agilité, pas d’équilibre. »
Le muay thaï est tout de suite une révélation pour Amélie. Plus qu’une façon de faire de l’exercice et de développer ses habiletés physiques, le muay thaï devient sa raison de vivre. Sa passion transcende les obstacles placés sur son chemin. En plus d’encaisser les échecs inévitables liés à l’apprentissage d’un nouveau sport, elle doit essuyer des critiques cruelles sur son physique, sur son potentiel athlétique.
À la recherche d’un endroit qui l’accueillera de façon sérieuse, Amélie trouve un club de muay thaï traditionnel à Montréal, où elle découvre l’aspect spirituel, traditionnel et culturel de l’art martial qui l’enchante déjà du point de vue du mouvement et de la stratégie.
Le kru, nom donné dans la tradition thaï à l’entraîneur, lui transmet cet amour qui se transformera en vocation pour Amélie. Seulement, la relation qu’elle développe avec son mentor devient rapidement abusive, pour elle et pour l’ensemble des femmes qui s’entraînent au club.
Le fait de trouver et de choisir un endroit où on se sent à l’aise de s’entraîner demeure une solution de fortune à un problème systémique qui dépasse le milieu des sports. Malheureusement, mais sans surprise, Amélie me confie que le harcèlement sexuel est assez commun dans le milieu.
Amélie et Frank Tanguy se rencontrent à ce club de muay thaï. À l’époque, Frank est encore perçu comme femme. Depuis, Frank a fait son coming out en tant qu’homme trans.
À sa première visite au club, le propriétaire avertit Frank qu’il n’entraîne pas les femmes. Ce rejet catégorique ne fait que redoubler son ardeur : il s’impose et prend la place qu’on refuse de lui donner.
Peu de femmes se sentent à l’aise de persévérer dans cet environnement, mais celles qui finissent par rejoindre Frank après deux ans — dont Amélie — forment une équipe soudée et solidaire.

Frank Tanguy au Hanumans Club. PHOTO: Katia Briand
En contact corps à corps, Amélie dit que l’entraîneur frotte son pénis contre elle. Sachant qu’elle est lesbienne, il lui lance : « tu t’es jamais fait fourrer comme il faut ». À répétition, il fait des remarques à caractère sexuel sur les seins des combattantes.
Frank entend les commentaires dénigrants que leur kru marmonne à Amélie alors qu’il masse son corps à l’huile, étape traditionnelle de la préparation à un combat de muay thaï. Quelques instants avant de les mener sur le ring, l’homme qui sera responsable de la sécurité de chacune, de les encourager et de les motiver à persévérer alors qu’elles se font lancer des coups au corps, à la tête, leur crache qu’elles ne valent rien et qu’elles sont mal préparées. Dans la voiture sur le chemin du retour, une des combattantes fond en larmes, épuisée. Elle veut abandonner le muay thaï.
Amélie arbore aujourd’hui fièrement le titre de kru au sein de son propre club traditionnel. « En tant qu’entraîneur, coach, professeur – peu importe – tu as accès à un pouvoir. Ce pouvoir en tant que leader, tu peux l’utiliser à mauvais escient. Ceux qui l’emploient de façon positive vont te responsabiliser, te donner des tâches, vont travailler avec toi. C’est cette forme-là que je choisis maintenant en tant que coach ».
Pour Amélie, le plus difficile de cette histoire, c’est que son mentor n’ait pas cru en elle. « Aujourd’hui, je donne le coaching que j’aurais aimé recevoir. » Amélie s’arrête. L’émotion la prend à la gorge. « Pour moi, c’est réparateur. »
Du cœur au ventre
Pour Morgane, se battre est de famille. Issue d’une lignée de femmes activistes, le combat s’inscrit dans sa vie par son engagement militant, bien avant qu’elle ne découvre les arts martiaux.
En tant que syndicaliste, en tant que militante antifasciste et à une époque lointaine en tant que membre de la division québécoise des Femen, elle met son corps au front pour défendre les causes qui lui tiennent à cœur. Sa mère et ses tantes, qu’elle décrit comme « rentre-dedans », lui inculquent que l’important, c’est de s’engager.
Le militantisme n’occupe plus la même place dans la vie de Morgane. Le muay thaï lui permet de canaliser certaines émotions et pulsions explosives qui, en ses mots, lui donnaient envie « de tout brûler ».
Morgane vit maintenant son féminisme chez Apex. Ce qui demeure, c’est la volonté de s’engager. « C’est pas parce que moi j’ai eu le guts et le privilège de trouver ma place, que tout le monde devrait avoir ma personnalité pour pouvoir percer dans ce sport ». Elle sait combien la pratique des arts martiaux peut être bénéfique pour les femmes, pour leur confiance en elles. Elle veut offrir cette opportunité au plus grand nombre.

Cory et ses coachs au combat du Westside Muay Thai. PHOTO: Katia Briand
Culturellement, la présence de femmes dans le milieu des sports de combat pose un défi au mythe intuable de la femme passive pour qui l’agressivité serait contre-nature.
J’ai découvert le kickboxing par hasard, dans un cours de mise en forme qui n’accordait aucune attention à la technique. Je n’ai jamais été portée vers les sports, mais j’ai tout de suite une attirance purement émotive pour ce nouveau hobby où j’apprends à frapper fort et à encaisser des coups. Dans mon entourage, on s’étonne parfois que je prenne plaisir à m’adonner à un exercice perçu comme violent.
Pourtant, la socialisation en tant que femme m’apparaît comme une expérience largement violente. Au moment où mon père arrête de me prendre dans ses bras, des étrangers se mettent à lorgner ma forme adolescente. Alors que je découvre mon corps, son pouvoir, on me l’arrache. Un corps qui ne m’appartient pas, qui devient le site de violences imaginées. On me juge insuffisante, parfois insignifiante. La passivité et la complaisance deviennent des modes de survie.
Au gym, mon corps m’appartient le temps d’un entraînement. J’aime entendre l’écho de mes tibias sur le cuir des pads et des sacs de frappe, j’aime l’apparence des bleus sur mes cuisses. J’apprends à mouvoir mon corps de façon à m’imaginer recracher une partie de cette violence que je n’ai jamais méritée, mais qui semble s’être imprégnée dans ma peau.
Frank abonde en ce sens : « c’est une reprise de contrôle. J’ai été socialisé femme, en France en plus, un environnement particulièrement misogyne. Je pense que ça guérit quelque chose en moi, le muay thaï. Ça m’a donné confiance en moi, en ma capacité à me défendre, à dire non, et à me sentir mieux dans mon corps ».
En parallèle de son évolution dans le milieu des arts martiaux, Frank débute sa carrière de pompier en 2020 à la ville de Montréal, un autre milieu fortement dominé par les hommes. Selon un récensement, seulement 11% de pompiers au Canada en 2022 sont des femmes.
C’est à la fin de sa première année à pratiquer le métier dont il rêve depuis l’enfance qu’il fait son coming out. L’intégration en tant que femme était ardue, mais il ne connait aucune autre personne trans qui exerce cette profession au Québec. Il s’entoure donc d’alliées en position de pouvoir à travers la province pour préparer l’annonce de sa transition à ses collègues. Il reconnaît le potentiel éducatif que sa seule présence au sein d’un milieu caractérisé par une masculinité toxique et vieux jeu pourra avoir à long terme.
Après plusieurs années à s’entraîner au muay thaï en tant que femme, Frank est confronté à une nouvelle réalité. Son entraîneur laisse entendre qu’il devrait abandonner la compétition : il ne sait pas comment s’y prendre pour lui trouver des adversaires.
Les combats sont organisés par catégorie de poids, entre deux opposant.es du même sexe, selon une conception binaire du sexe. Il n’existe simplement pas de règles ou de procédures à l’heure actuelle pour encadrer l’inclusion d’une personne trans qui voudrait pratiquer le kickboxing ou le muay thaï de façon compétitive, ni au niveau amateur, ni au niveau professionnel. Quelques propriétaires de gyms s’engagent à offrir un milieu invitant et sécuritaire aux membres des communautés 2SLGBTQIA+, mais les personnes trans se verront freinées dans leurs ambitions si elles veulent grimper les échelons professionnels du sport.

Cory montant sur le ring au Westside Muay Thai à Ontario. PHOTO: Katia Briand
Alors que la rhétorique transphobe gagne du terrain dans l’espace public québécois depuis quelques années, ce sont les femmes trans qui s’attirent la hargne de ceux qui croient qu’elles présentent une menace aux athlètes féminines. La même rhétorique qui instrumentalise la biologie pour justifier le mythe de la supériorité masculine vis-à-vis des femmes sert ainsi à justifier l’exclusion voire la déshumanisation des athlètes trans.
Pour Frank, la colère et la volonté de se battre contre l’injustice sont de véritables moteurs. En plus de son engagement dans son milieu professionnel, il s’implique en tant que coach au Black Flag Combat Club, un club de combat et d’autodéfense autogéré créé en 2015 pour les femmes et les personnes de la diversité sexuelle et de genre qui veulent s’adonner aux sports de combat dans un contexte sécuritaire et inclusif. Entre autres projets et mesures, une plage horaire est réservée aux cours en mixité choisie, dans ce cas-ci interdite aux hommes cisgenres. Frank m’annonce que l’équipe du Black Flag s’engage à mener en projet pilote des smokers pour personnes trans, dans l’optique de tester les meilleures pratiques à adopter.
Frank connaît intimement les enjeux d’inclusion et l’importance des “safe spaces”. Malgré sa persévérance, son expérience en tant que pompier s’est avérée un défi éprouvant. En rémission d’un épuisement professionnel, Frank me confie qu’il cherche à fonder une famille, qu’il ne peut plus se permettre d’évoluer en mode survie et de toujours vivre dans la confrontation. Quand je lui demande s’il envisage un changement de carrière, il évoque l’idée de prêter main forte dans le milieu de l’enseignement. Je ris malgré moi. J’aimerais avoir une once de sa force et de sa détermination.
Aucun gagnant n’est déclaré à la fin d’un smoker. Parfois, comme c’est le cas ce soir à Westside Muay Thai, la victoire se vit malgré tout. Cory réussit à placer la majorité de ses coups sur son adversaire. Un triomphe pour une première expérience de combat. Euphorique, elle pleure de joie dans les coulisses, entourée de l’équipe qui l’entraîne et la soutient depuis des mois. Elle crie qu’elle a déjà hâte à la prochaine fois. Comblées, Priscilla et Morgane la couvrent d’éloges.
Peu importe l’image qu’on se fait de l’athlète idéal.e, le feu et le cœur de combattant.e sont manifestement des qualités innées, indéniables chez certain.es.

Comments (0)
There are no comments on this article.