Le NPD vacille, entre accusations de harcèlement et effondrement interne
À quelques semaines des élections, un NPD déjà mal en point est aux prises avec des accusations de harcèlement, le désaveu public de certains influenceurs et une gestion de campagne dysfonctionnelle. Et selon des sources internes, le parti peine même à communiquer avec ses candidat·e·s.

Cet article a été traduit de l’anglais par Géraud Le Carduner. Cliquez ici pour lire la version originale, publié le 12 avril 2025.
Un organisme politique bénévole se dit visé par une campagne de harcèlement organisée par le Nouveau parti démocratique (NPD).
En parallèle, plusieurs personnalités numériques ayant déjà collaboré avec le NPD ont coupé les ponts, accusant le parti de négligence envers d’autres créateurs et de dysfonctionnement interne. Selon une candidate qui a communiqué avec le Rover, le parti est « sens dessus dessous ».
Une déroute interne qui survient au moment où les sondages prédisent au NPD son plus bas nombre de sièges en plus de 30 ans. En seconde place dans son propre comté de Burnaby Central, loin derrière le candidat libéral, le chef Jagmeet Singh risque de perdre son siège.
Le Rover a examiné plus de 80 captures d’écran de courriels et messages privés et interviewé des personnes liées au harcèlement allégué. Le tableau qui s’en dégage? Des candidat·e·s et organisateurs·trices du NPD semblent mener une campagne afin de pousser les bénévoles de Smart Voting, un organisme prônant le vote stratégique, à modifier leurs données – surtout dans les comtés où ils occupent la troisième place, et où la victoire est improbable. Certains de ces messages ont été directement envoyés par des candidat·e·s ou communiqués publiquement dans des vidéos.
« Initialement, il semblait s’agir d’un simple désaccord (au sujet de nos données), raconte une porte-parole de Smart Voting. Cela nous a interpellés, mais nous avons décidé de ne pas y donner suite. » À ce moment, l’organisation n’a pas voulu partager les messages avec la presse, car elle pensait pouvoir et devoir les gérer par elle-même.
« (Mais par la suite,) des vidéos publiques ont commencé à faire surface, pour dissuader la population de voter stratégiquement », explique la porte-parole. Ces vidéos provenaient principalement de personnes affiliées au NPD et très impliquées, selon Google, dans divers gouvernements municipaux et groupes d’activistes. « Sont ensuite arrivées les vidéos des candidat·e·s eux-mêmes, dont Matthew Green à Hamilton-Centre. » Durant ses diffusions en direct sur le sujet, il a qualifié Smart Voting d’organisme « financé par les Libéraux » et « non démocratique ».
Smart Voting a reçu une série de courriels lui demandant de modifier les données publiées – qui sont fondées sur des sondages publics et récents. Selon Val Laeknir, la directrice générale du site, ces courriels n’ont initialement pas dérangé l’équipe. Leur cadence a toutefois augmenté, ce qui a pesé sur la santé mentale de Val et des autres bénévoles, au point de créer un stress omniprésent dans leur vie.
« (Selon ces courriels), nous sommes de “faux socialistes”, des “pions des libéraux”, “financés par le Parti libéral” et “non démocratiques”. Ce ne sont pas de simples insultes, mais bien des tentatives de discréditer nos valeurs et de nous couper des communautés qui nous sont chères », déclare Val Laeknir.
Selon elle, c’est en pratique une campagne de harcèlement. En revanche, des juristes considèrent que ces activités, toutes discutables qu’elles soient, ne correspondent pas à la définition légale du harcèlement.
« Je ne pense pas qu’il s’agisse de harcèlement, affirme Duff Conacher, cofondateur de Democracy Watch. Il faudrait qu’il y ait une menace. » La Loi électorale du Canada proscrit l’intimidation des opposants politiques, mais il ne pense pas que la campagne du NPD corresponde à la définition.
« Je ne la qualifierais pas de harcèlement en cour, » juge Frédéric Bérard, docteur en droit et expert en sciences politiques. Il explique qu’en l’absence d’abus verbal ou de déclarations agressives, il ne s’agit pas légalement de harcèlement. Mais « ça ne ressemble pas au NPD de faire ça », reconnaît-il.
Cela dit, la stratégiste numérique Roxane Nadeau est d’avis que la situation est symptomatique de carences en littératie numérique. « La neutralité du Web crée un espace où la politesse et la responsabilité citoyenne sont souvent réduites à néant, constate-t-elle. Cela a beau s’afficher sur un écran, ce n’est pas une excuse pour dire n’importe quoi. » Au-delà des aspects juridiques, le manque de considération pour la personne dans les discussions en ligne est pour elle un grave problème; cette campagne en est un exemple. À l’opposé, le NPD ne pense pas que ses membres ont dépassé les bornes.
« Le NPD s’engage à offrir un environnement sans harcèlement et pratique la tolérance zéro (à cet égard), » a affirmé Jonathan Gauvin, directeur adjoint de campagne dans une déclaration au Rover. « Nous avons effectué quelques suivis, mais sans jamais recevoir de renseignements ni de plaintes qui nous auraient permis d’agir. »
En réponse à cette déclaration, JB Burrows, le fondateur et directeur de Smart Voting, a expliqué qu’il communiquait en continu avec le parti. Après la multiplication des messages et des vidéos, il avait prévu de lui transmettre les données de l’organisme.
« Leurs “tentatives” de communiquer avec nous se sont limitées à un appel sans message vocal, suivi peu après d’un texto. Il n’y a pas eu d’autre essai de leur part », raconte JB Burrows.
JB Burros relate un appel final durant lequel George Soule, un membre du NPD, a balayé ses plaintes du revers de la main. « Ce que Soule m’a dit, c’est que dans cette arène, il faut savoir prendre des coups. »
Les lacunes en communication numérique du NPD n’affectent pas que Smart Voting. Lou Kerr – qui dirige le programme de collaboration avec les créateurs – et plusieurs membres de l’équipe de campagne auraient tourné le dos à des partenaires d’importance durant la deuxième semaine de la campagne. Notamment Jess Wetzstein (« Jessica Wetz » sur les réseaux sociaux), une créatrice de contenu populaire critiquée par le National Post pour sa page OnlyFans et son soutien à la Palestine. Le Western Standard lui reproche également sa page OnlyFans, son soutien aux droits reproductifs et une comparaison entre les déclarations d’un membre du parlement israélien s’exprimant sur les bébés tués à Gaza et celles de nazis au sujet de bébés victimes de l’holocauste.
Malgré son soutien public pour le droit à l’avortement, les travailleur·euse·s du sexe et un cessez-le-feu à Gaza, le NPD n’a pas défendu Jessica Wetzstein. « Nous refusons cette comparaison, » a déclaré le parti, tout en refusant de commenter les questions du Post au sujet de la page OnlyFans. Dans la foulée de l’article du Post, le parti a cessé de collaborer avec Jess Wetztein, sans préavis.
Dans une conversation sur Discord, Jess Wetzstein a expliqué avoir prévenu le NPD qu’elle serait indisponible en raison d’une chirurgie le mercredi soir, au moment où le parti a fourni ses commentaires au National Post. Le parti ne lui ayant pas laissé de message, elle a découvert sa déclaration une fois l’article publié. Elle était prise au dépourvu, tout comme le reste des créateur·ice·s de contenu collaborant avec le NPD.
Lou Kerr s’est depuis excusée dans un forum Discord : « Jagmeet est sans cesse la proie de la haine raciste et d’attaques personnelles. Nous ne voulons pas alimenter un cycle de nouvelles qui cherche à faire honte ou vise le sensationnalisme. En restant silencieux, nous ne cherchions pas à éviter (le problème) – c’était un choix délibéré pour protéger sa dignité. » Cette réponse n’est pas passée. Plusieurs créateur·ice·s ont exprimé des doutes quant à la sincérité des excuses et ont annoncé qu’ils prenaient leurs distances du parti.
En coulisses, les personnes se prononçant contre le génocide à Gaza étaient déjà muselées.
Cora, qui est censée être candidate du NPD en Alberta, a depuis longtemps un avis bien tranché sur les violences perpétrées par les Forces de défense israéliennes; elle a pris part à des manifestations contre cette guerre et en parle régulièrement en ligne. Durant le processus de vérification, un passage obligé pour les candidats de tous les partis, le NPD lui a demandé de supprimer toute photo ou mention publique de son association avec les manifestations en soutien à Gaza.
« J’étais prête à le faire en bonne conscience, raconte Cora. Afin d’éviter la controverse pour le parti. » C’est ainsi qu’elle a motivé sa décision, malgré la force de ses convictions propalestiniennes. La personne chargée de la vérification l’a informée que le dossier serait acheminé à un échelon supérieur, et que des cadres en seraient avisés.
« Cet appel a eu lieu le vendredi 4. Silence radio. Je n’ai pas eu signe (d’eux) depuis, » explique-t-elle. La date limite pour le retrait d’une candidature était le 7 avril. À ce qu’elle sache, le parti n’a pas retiré sa candidature. Il ne lui a pas non plus indiqué dans quel comté elle est candidate. Selon Cora, cette désorganisation est omniprésente dans le parti, mais elle ne dispose que ses propres observations et expériences pour l’affirmer.
À tout juste deux semaines de l’élection, la pression monte pour que Jagmeet Singh explique pourquoi son parti se trouve dans cet état. Si les projections se confirment, le NPD subira une cuisante défaite électorale – et sera privé de chef.
Le parti pourra-t-il se remettre sur pied d’ici le 28 avril? Seul le temps le dira.
Nous vous encourageons à vous inscrire et à voter le 28 avril! Pour obtenir votre trousse de vote par la poste, rendez-vous ici. Si vous n’avez pas cette trousse, vous disposez tout de même de nombreux moyens de voter!

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