Un défenseur des droits LGBTQ critiqué pour ses propos sur Gaza
Carlos A. Godoy, le président de Ga’ava, nie la famine à Gaza et affirme que les Palestiniens éprouvent plus de haine pour les Juifs que d’amour pour leurs propres enfants.

Cet article a été traduit de l’anglais par Géraud Le Carduner. La version anglaise de cet article, diffusée le 8 août 2025, est disponible ici.
Le président d’un groupe sioniste qui sera présent dimanche durant le défilé de Fierté Montréal suggère que la famine à Gaza est une « fake news » et que « les Palestiniens sont complices du Hamas ».
Dans une série de messages Instagram obtenus par The Rover, Carlos A. Godoy, le président de Ga’ava, répond à un abonné qui voulait connaître la position du groupe à l’égard des enfants affamés de Gaza. Selon l’Organisation mondiale de la Santé, 96 enfants ont déjà péri et 12 000 autres de moins de 5 ans risquent de subir le même sort.
Voici la réponse de Carlos A. Godoy :
« Je vois des images d’enfants qui souffrent, mais aussi des images provenant d’autres conflits, genre des fake news, et des mères bien grasses avec leurs fils émaciés qui sont malades et sont dans cet état de toute façon à cause de leur maladie. »
Ga’ava a été exclue de Fierté Montréal la semaine dernière; certains groupes avaient menacé de se retirer du défilé à cause de la présence de ce groupe sioniste, dont le président a fait plusieurs déclarations déplacées assimilant soutien aux Palestiniens et soutien au terrorisme. Ga’ava (« Fierté » en hébreu) revendique le statut de plus ancienne organisation LGBTQ juive de Montréal.
En marge de l’exclusion, Fierté Montréal (l’organisatrice du défilé) avait publié cette déclaration :
« Fierté Montréal condamne le génocide en cours à Gaza, exprime sa solidarité pour le peuple Palestinien et souhaite que la vie des personnes 2SLGBTQIA+ en Palestine, comme de partout à travers le monde, soit respectée et préservée. »
Fierté a également déclaré que le défilé ne pouvait inclure des groupes aux propos haineux.
L’exclusion visait également le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA), qui s’oppose à ce que le Canada fournisse de l’aide aux Palestiniens via l’agence onusienne United Nations Relief and Works Agency (UNRWA). Le CIJA a répété les accusations du gouvernement Netanyahou, selon lesquelles des membres de l’UNRWA auraient participé à l’organisation des attaques du 7 octobre, qui ont causé la mort de 1 200 Israéliens. Sans l’UNRWA, bannie par Israël en début d’année, les enfants de Gaza ont perdu accès à l’enseignement, à la nourriture et aux soins de santé essentiels.
Mardi, après avoir subi une campagne de pression et vu le président du conseil démissionner pour des « raisons personnelles », Fierté Montréal a réinvité Ga’ava et le CIJA. Fierté Montréal a également présenté ses excuses à la communauté juive et déclaré tenir à ce que les personnes de toutes les confessions se sentent en sécurité durant l’événement.
À la vue des captures d’écran montrant que Godoy semble nier la famine, une membre du conseil d’administration d’Helem (un groupe de défense des droits des personnes queer) a exprimé sa consternation.
« Je suis certaine que [(Carlos A. Godoy)] ne représente pas l’intégralité de Ga’ava, mais le fait que Fierté donne une plateforme à quelqu’un qui nie le génocide et tout ce qui arrive à Gaza, c’est insensé », a déclaré Yara Coussa, dont le groupe défend les droits des membres arabophones de la communauté. « Ils parlent d’inclusion, mais rendu là, pourquoi ne pas inclure un groupe suprémaciste blanc? »
Dans un message au Rover, Godoy affirme que la fuite de ces messages directs relève d’une tentative de salissage.
« (Cette personne) a choisi d’interagir avec moi en privé à ce sujet, et j’ai émis des commentaires privés pour lui répondre, écrit Godoy. Ces échanges n’ont pas eu lieu dans la sphère publique. Depuis, il m’a bloqué et a lancé une campagne de salissage. »
« Nous avons échangé des messages privés sur d’autres sujets. Je ne sais pas s’il partage ceux-là aussi. Je vous recommande de lui conseiller d’arrêter cette opération de salissage. »
Il regrette les mots employés et affirme qu’aucun enfant ne devrait souffrir en temps de guerre.
En ce qui concerne la possible négation de famine, Carlos A. Godoy a envoyé au Rover un lien vers un article du New York Post affirmant que Muhammad Zakariya – un jeune enfant décharné emporté par la malnutrition sévère à Gaza – est en fait mort d’une maladie préexistante. Cette théorie a été diffusée à grande échelle par Honest Reporting, un groupe de pression auteur de campagnes de harcèlement contre les journalistes du Canada qui couvrent de façon critique les actions d’Israël à Gaza et en Cisjordanie occupée.
Dans une déclaration envoyée au Rover, Fierté Montréal répond que Godoy « n’est ni employé ni bénévole de Fierté Montréal. Ses commentaires lui appartiennent et ne reflètent en rien les opinions de l’organisation. »
Des organismes comme le CIJA nient depuis longtemps que l’armée israélienne commet un nettoyage ethnique à Gaza. Pour Amnesty International, les Nations Unies, Oxfam et Médecins Sans Frontières, le débat est clos : il s’agit d’un génocide.
La semaine dernière, deux organismes israéliens ont d’ailleurs publié des rapports détaillés concluant que la campagne israélienne à Gaza est un génocide.
« Les faits démontrent le démantèlement intentionnel et systématique des systèmes assurant la santé et la vie à Gaza, » selon le rapport de 65 pages de Physicians for Human Rights Israel. « [Un démantèlement réalisé via] des attaques ciblées contre les hôpitaux, le blocage de l’aide médicale et des évacuations et le meurtre et l’emprisonnement du personnel médical. »
Dans un autre message obtenu par The Rover, Carlos A. Godoy affirme que les Palestiniens éprouvent plus de haine pour les Juifs que d’amour pour leurs propres enfants. « Une des choses les plus horribles que j’ai jamais lues », selon un Montréalais de confession juive.
« À titre de parent, je n’en crois pas mes yeux, » nous dit Zev Saltiel, un membre de Voix juives indépendantes Canada. « Le peuple palestinien adore ses enfants. Les mots sont incapables d’exprimer la force de cet amour. Il n’y a rien de pire que de savoir que son enfant a faim, et qu’on ne peut rien faire pour lui. Chaque fois que je nourris mon enfant, j’ai mal à la tête. Ce genre de déclaration est incroyablement cruel. »
« (Carlos A. Godoy) n’est pas juif, mais prétend parler au nom de la communauté juive, ce qui me choque. Quand je vois ce message au propos des “mères bien grasses”, j’en perds mes mots. La taille des gens n’a pas de lien avec leur alimentation. On se moque d’enfants malades, ce qui est horrible. »
« Netanyahou a exprimé très clairement, notamment cette semaine, que son objectif est d’assiéger totalement Gaza, même si sa propre armée lui explique le danger que cela fait courir aux otages. Cela n’a rien à voir avec les otages. Israël bloque toute entrée de nourriture à Gaza, elle affame les otages aussi. »
Pendant trois mois, au printemps, Israël a bloqué l’acheminement de l’aide humanitaire à la partie nord de Gaza, accusant en parallèle le Hamas de voler la nourriture des civils pour alimenter ses troupes. Depuis, le gouvernement israélien a été contraint d’admettre que ces déclarations ne sont fondées sur aucune preuve. En fait, Israël a même armé un gang de Gaza qui attaquait les convois d’aide afin de nuire au Hamas.
La controverse liée à la volte-face sur la question de Gaza survient au moment où Fierté Montréal essuie les critiques de Fierté Indomptable, un festival d’opposition se déclarant anticapitaliste, anticolonial et antipolice.
Malgré ce nom en apparence combatif, l’équipe d’organisation de la Fierté Indomptable affirme que son festival sera inclusif pour les enfants, qu’il créera des espaces réservés aux adolescent·es et louera une piscine publique pour les personnes trans, souvent exclues de ce genre d’activité.
Le festival a été imaginé par des personnes qui estiment que la mission de la Fierté a été dévoyée par les grandes entreprises et des institutions comme la police, qui traînent un lourd passé de répression de la communauté queer.
Yara Coussa, membre fondatrice de la Fierté Indomptable, avait ceci à déclarer au magazine Xtra :
« Montréal est une ville assez radicale, et tout le monde ici est d’accord : notre Fierté n’est pas à vendre. »

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