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Un nationalisme d’exclusion

Tant que nos décisions politiques seront motivées par le nationalisme identitaire, la xénophobie et la protection des intérêts des plus privilégiés, nous ne pourront résoudre les nombreuses crises qui affligent notre province.

Note from the Managing Editor

With this piece by Quebec-based writer Rali Jamali, we’re finally launching a long-discussed essay series exploring belonging, and/or how belonging is often hard to come by, in so-called Montreal, Quebec, and Canada. 

It’s a fairly open theme to give writers the greatest sense of freedom possible. We hope that this way, the series will in time come to reflect a wide array of experiences. And, we hope that emerging writers of any background who have some tie to this land we live and work on can feel that their reality will fit within the series. If reading this piece inspires you to contribute, send me an email at savannah.eden.stewart@gmail.com.

The series will feature essays written in English, as well as essays written in French and translated into English. But for this first one, we decided to keep it in its original French only. 

Everyone here knows that language is a touchy issue in this part of the world, and the language used to convey a certain point matters. Plus, Rali is a master of the French language, as you’ll see. It made sense to us to keep it in the language it was written.

Thanks Rali, for your work. And thanks to our readers, for taking the time to encounter a new perspective, for many in your second (or third!) language.

-Savannah Stewart


La Coalition Avenir Québec continue de faire les manchettes en raison de ses propos concernant les immigrants.

De profiteurs du système et de voleurs de job, ils sont maintenant des voleurs de logement et de soins de santé. C’est à se demander si ce genre de discours, oscillants entre ignorance et xénophobie, ne sont pas que des appels au pied à sa base nationaliste identitaire lorsqu’on se rapproche des élections, que les sondages ne leurs sont pas favorables ou lorsqu’on souhaite détourner l’attention des médias et du public de l’incompétence de notre gouvernement.

Durant la dernière campagne électorale, après que le Premier ministre, François Legault, les ait associés au déclin du français, à la louisianisation du Québec, à la violence et à l’extrémisme, ce n’est rien de moins que le suicide de la nation québécoise qui nous attendait si nous en accueillons plus.

Jean Boulet, le ministre de l’Immigration devenu ministre du Travail, en a rajouté en déclarant que « 80% des immigrants s’en vont à Montréal, ne travaillent pas, ne parlent pas français ou n’adhèrent pas aux valeurs de la société québécoise ».

Des affirmations dignes d’un animateur de Radio X.

En parlant de radios poubelles, même Éric Duhaime, qui propose l’idée de construire un mur à la frontière avec les États-Unis, a trouvé ces propos inappropriés. C’est peu dire. Ça n’a pas empêché la Coalition Avenir Québec de remporter haut la main les élections.

Depuis, la rhétorique ne s’améliore pas. À peine l’année 2024 commencée que la majorité de la classe politique nationaliste se lâche lousse sur leurs boucs émissaires favoris.

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Bernard Drainville, ministre de l’éducation, souhaite mettre fin au “bar ouvert en immigration”. Le premier ministre François Legault affirme que le  Québec a atteint son «point de rupture» dans les prestations de services en raison de l’arrivée de nouveaux immigrants et demandeurs d’asile. Selon le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, le Québec se dirige vers « une crise sociale sans précédent » en raison des seuils d’immigration établis.

À écouter nos politiciens, les immigrants seraient les responsables de tous les maux qui nous affligent. Crise du logement, crise du français, crise au niveau des services essentiels, la liste est longue et ces raccourcis intellectuels portent fruit ! Une majorité de canadiens associent maintenant l’immigration à la crise du logement. Et ce, même si les liens de causalité restent à faire selon bon nombre d’experts.

On préfère pointer du doigt l’immigrant que de s’en prendre au propriétaire immobilier qui refuse de se plier à la règle de la Ville de Montréal et préfère payer la pénalité plutôt que de construire du logement social. Ou à celui qui utilise le besoin de rénovations ou l’excuse de l’utilisation personnelle pour expulser leurs locataires et monter les prix. Un phénomène en hausse et qui touche particulièrement les personnes aînées. On préfère pointer du doigt que créer un registre des loyers, par exemple.

Le faux-débat de l’immigration et de la langue française

Le discours des péquistes et des caquistes est complètement déconnecté de la réalité. Bien que les données des dernières années en lien avec l’intégration des nouveaux arrivants et la vigueur du français sont plutôt encourageantes, elles ne semblent pas apaiser les  prophètes de malheur qui crient au soi-disant « déclin du français au Québec ». Un débat créé de toute pièce qui se concentre sur la langue parlée à la maison au lieu de la langue d’usage et ne fait que biaiser fondamentalement le débat sur la vigueur de la langue française au Québec.

Selon les données du ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration du Québec, le taux global de réussite des immigrants au test des valeurs dès la première tentative est de 99,93%. Comme quoi ce test, nécessaire pour obtenir l’attestation d’apprentissage des valeurs démocratiques et des valeurs québécoises, est complètement inutile. Une paperasse de plus dans un processus déjà complexe. Ces mêmes données démontrent que 84,4% des immigrants économiques accueillis par le Québec parlent le français.

Les résultats de l’étude publiée par l’Office québécois de la langue française publiée cette année démontrent que la proportion de Québécois utilisant principalement le français dans l’espace public est demeurée stable à un peu moins de 80%. L’étude démontre aussi que chez les Québécois de langue anglaise et de langue tierce, l’utilisation du français dans l’espace public a augmenté de 5,6 points et de 3,2 points de pourcentage, respectivement, entre 2016 et 2022.

Cela fait écho à l’essai “Le français en déclin? Repenser la francophonie québécoise” publié par un collectif d’auteurs québécois l’an dernier dans lequel on rappelle que la proportion d’immigrants qui connaissent le français est passée de 53% à 81% en 50 ans, pour qui le français est la première langue officielle de 35% à 63% en 30 ans et que la proportion de la population qui déclare être capable de soutenir une conversation en français au Québec n’a cessé de croître depuis 1951 pour se maintenir maintenant à autour de 94%.

Comme la plupart des sociétés occidentales, le Québec fait face à un ralentissement de la croissance de sa population causée par le vieillissement de celle-ci et un taux de natalité en baisse. Ces tendances démographiques sont compensées, entre autres, par l’accueil d’immigrants. Il est donc normal que le nombre de familles dont la langue maternelle est le français soit en déclin et que les nouveaux arrivants et leurs enfants parlent la langue de leur pays d’origine dans le confort de leur salon.

Mais ce faux débat sert bien les prêcheurs de malheurs, les nationalistes identitaires et les réactionnaires qui utilisent cet indicateur comme l’un de leurs arguments phares contre l’immigration et pour justifier la loi 96 qui oblige les immigrants à ne communiquer qu’en français avec l’État six mois après leur arrivée, sans exception pour les demandeurs d’asile ni les réfugiés.

La plus grande menace pour la protection du français au Québec : notre système d’éducation défaillant.

La plus grande menace pour le français au Québec est le fait que près de la moitié des Québécois soient des analphabètes fonctionnels, c’est-à-dire qui peinent à lire et comprendre un texte complexe. Un enjeu qui touche surtout les personnes plus âgées et éloignées des grandes villes québécoises. Plutôt ironique donc d’accuser les immigrants et les Montréalais d’être responsables de ce soi-disant déclin.

Rappelons aussi que les futurs professeurs échouent massivement au Test de certification en français écrit pour l’enseignement (TECFEE) et le nombre de professeurs non légalement qualifiés est en augmentation dans les écoles du Québec. Sans compter que notre système d’éducation continue de faire pression pour qu’on nivelle vers le bas, pour entasser de plus en plus d’élèves dans des classes vétustes et qu’il peine à offrir les ressources nécessaires pour contrer la hausse des troubles d’apprentissage..

Et les dernières négociations avec les syndicats d’enseignantes démontrent que cette tendance n’est pas prête d’être renversée…

Mais au lieu de permettre aux femmes voilées qualifiées d’enseigner, de permettre une meilleure reconnaissance des diplômes ou de revaloriser la profession d’enseignante, on fait l’autruche. On préfère s’attaquer aux immigrants que de proposer des solutions à un système d’éducation en décrépitude.

Si le premier ministre avait tant à cœur l’éducation et la langue française, ne s’assurerait-il pas que les Québécois et que le corps professoral sachent la comprendre et l’écrire au lieu de s’en prendre à la langue parlée dans la chambre à coucher des néo-Québécois ? Ne réduirait-il pas le nombre de délais, d’erreurs et de retards qui explosent chez Francisation Québec ?

Mais dire cela ne ferait pas gagner beaucoup de votes à l’extérieur de l’île de Montréal et risque de froisser la sensibilité de nombreuses personnes qui préfèrent casser du sucre sur le dos des immigrants plutôt que faire preuve d’introspection.

Le populisme québécois à l’oeuvre   

Malheureusement au Québec, le thème de l’immigration et de la langue sont trop émotifs pour pouvoir avoir un débat rationnel à ce sujet. Notre passé avec la religion catholique et notre histoire de colonisateurs/colonisés sont à blâmer. Il est plus simple de faire peur aux gens en annonçant la mort du fait français en Amérique, de l’identité et de la nation québécoise que de proposer de réelles solutions aux enjeux de l’heure.

Cela avait bien réussi au premier ministre qui avait fait du thème identitaire et de la Loi 21 ses chevaux de bataille en 2018. L’année qui a vu la CAQ remporter les élections pour la première fois de son histoire et former un gouvernement majoritaire. Maintenant que l’on a forcé les enseignantes qui portent le voile à se découvrir ou à changer de profession, il faut trouver un nouvel bouc émissaire.

Et pourquoi cibler seulement les femmes musulmanes lorsqu’on peut mettre l’ensemble des immigrants dans le même panier ? Un genre de groupe vague, fourre-tout, homogène et menaçant. C’est la technique principale des populistes d’extrême droite.

Et ça fonctionne. L’Italie, qui a vu recémment des centaines de militants faire le salut Nazi en pleine rue à Rome, en est un exemple récent.

Plusieurs membres de ma famille se sont éloignés de leurs racines, n’ont pas transmis leur langue maternelle à leurs enfants et ont décidé de s’établir en Occident sans regarder en arrière. Ils ont adopté les mœurs et coutumes de leur terre d’accueil sans rechigner et on les voyait comme étant des exemples d’une intégration réussie. Ils ont été utilisés comme des “token” par les Québécois “de souche”. On les considère comme de “bons immigrants”, l’exemple à suivre.

Est-ce que cette attitude est la conséquence d’un certain malaise envers nos origines et leurs représentations en Occident, surtout depuis 2001 ? De la déception envers un monde arabe divisé, endoctriné, bombardé, corrompu, occupé ? Est-ce un mécanisme de défense nécessaire afin d’être accepté et d’accéder à plus d’opportunités ? Est-ce le sentiment de fierté ou d’appartenance que l’on ressent lorsqu’on se sent inclus dans la société d’accueil ?

Je ne sais pas.

Ce que je sais c’est qu’au lieu de construire des ponts entre notre société d’origine et d’accueil, ça crée un fossé. Au lieu d’encourager le vivre-ensemble, ça encourage la réclusion et la ghettoïsation des immigrants. Nous avons besoin de plus d’intermédiaires et de médiateurs qui peuvent établir des liens entre la majorité et les minorités et non le contraire.

Devenir Québécois ne devrait pas nécessiter de perdre la langue, la culture ou les coutumes de ses ancêtres mais plutôt d’enrichir la société d’accueil avec notre gastronomie, nos danses, nos expressions et notre regard sur le monde. Surtout que ce Québec a été construit par des immigrants, de la première à la dernière génération. Et qu’il s’est construit sur des territoires autochtones non cédés et suite à leur génocide.

Le Québec que je déteste

Le Québec que je déteste associe immigration avec violence et extrémisme lorsque les pires actes de violence et d’extrémisme ayant eu lieu ici ont été faits par des Québécois, à l’intérieur d’une polytechnique et d’une mosquée. Il le fait après qu’un « camp de la haine » tenu par un groupe néonazi soit découvert au Centre-du-Québec.
 
Il préfère engager des enseignants sans les qualifications requises plutôt que celles qualifiées qui portent le voile. Il fait du chantage émotif aux enseignantes en leur demandant d’arrêter la grève « pour le bien de nos enfants ».
 
Il le fait après avoir refusé d’appuyer une motion pour un cessez-le-feu à Gaza, devenu le plus grand cimetière pour enfants au monde. Il le dit avant de s’adresser à la Cour suprême, pour empêcher les enfants de demandeurs d’asile d’avoir accès aux garderies subventionnées.
 
Le Québec que je déteste croit que parler le français en public, mais parler une autre langue à la maison est un signe de déclin de la langue française quand il est une preuve de l’intelligence, de l’intégration et du multilinguisme des néo-Québécois et de leurs descendants. Il accuse les immigrants, mais ne s’importe peu du taux préoccupant d’analphabétisme ni du réel déclin qui touche les langues autochtones au Québec.
 
Il impose aux nouveaux arrivants d’apprendre le français en six mois s’ils veulent obtenir des services gouvernementaux. Il met ses menaces à exécution même si son gouvernement peine à répondre à la demande pour les services de francisation et que des immigrants doivent attendre des mois pour des cours de français. Il ne fait aucune exception pour les réfugiés et demandeurs d’asile.
 
Le Québec que je déteste refuse de faire sa part pour lutter contre la crise climatique. Il défend un troisième lien sans aucune étude tangible, balaie du revers de la main le pacte vert demandé par les grandes villes et soutient que la densification est une « mode ».
 
Il le fait après des inondations historiques à Montréal et que l’Ouragan Fiona, trouvant sa puissance dans une eau à température anormalement élevée, ait fait des ravages aux Îles-de-la-Madeleine. Il contraint les municipalités à réduire l’offre de transport public pendant que nos GES continuent d’augmenter et après une saison de feux de forêt dévastatrice au Québec.
 
Le Québec que je déteste refuse de voir que notre population est vieillissante, que le taux de natalité est trop faible et que nous avons besoin de nouveaux bras pour continuer à offrir des services de qualité et à créer de la richesse pour l’ensemble de la société.
 
Il n’aide pas les nouvelles familles qui se cherchent une place en garderie ni les jeunes couples qui tentent d’accéder à la propriété. Après avoir nié la crise du logement pendant des années, il abolit la cession de bail, l’un des derniers remparts à la disposition des locataires pour survivre à la flambée des prix du loyer. Quand les locataires dénoncent cette mesure, on leur recommande d’investir dans l’immobilier. 
 
Le Québec que je déteste élimine 18 000 dossiers d’immigration non traités et referme les portes à l’immigration. Il ne voit pas les immigrants qui gagnent moins de 50 000$ par année dans nos CHSLD et nos hôpitaux comme des anges gardiens, mais comme un problème à éviter.
 
Il laisse des familles déchirées plutôt que de réduire les délais de traitement pour le regroupement familial, trois fois plus long ici qu’ailleurs au Canada. Quand elles lancent un cri du cœur pour remédier à la situation, il préfère jeter le blâme sur le gouvernement fédéral.
 
Ce Québec voit les demandeurs d’asile qui traversent la frontière et les personnes sans statut comme des illégaux à arrêter. Il utilise les migrants comme des épouvantails à agiter en campagne électorale. Il profite de l’insécurité culturelle des Québécois pour se maintenir au pouvoir.
 
Le Québec que je déteste négocie à la dernière minute et étire les négociations avec les travailleuses du secteur public. Il les obligent à faire la grève, à s’appauvrir et à faire du piquetage pendant des semaines dans la neige, la pluie et le verglas pour obtenir une offre qui fasse un tant soit peu de sens en période de crise inflationniste et du logement. Il le fait pendant que la moitié des élèves ont des difficultés d’apprentissage, que les profs et infirmières sont à bout de souffle, que les urgences et les classes débordent et que la proportion des établissements scolaires en mauvais état continue à augmenter.
 
Le Québec que je déteste vote une augmentation salariale des députés de 30 000$ et offre 21% aux policiers de la Sûreté du Québec. Offre qui a été refusée par ces derniers. Il le fait après avoir proposé 9% d’augmentation sur trois ans aux travailleurs du secteur public et pendant qu’il investit des dizaines de milliards dans des milieux traditionnellement masculins comme l’exploitation forestière et minière ou la filière batterie pour créer une poignée d’emplois. Il justifie ses biais sexistes en affirmant que « les filles attachent moins d’importance au salaire que les garçons ».
 
Le Québec que je déteste refuse de reconnaître le racisme systémique, le Principe de Joyce, et pense que le problème à l’hôpital de Joliette, où Mme Echaquan est décédée, est réglé. Il défend l’autodétermination de son peuple et s’enorgueillit d’être une nation distincte, mais refuse de traiter les Premières Nations et les Inuits du Québec de nation à nation. Bien ces derniers étaient ici bien avant nous et que l’on continue de découvrir des restes d’enfants près des anciens pensionnats.
 
Il aura fallu l’Union nationale, Maurice Duplessis et la Grande Noirceur pour avoir la Révolution tranquille. Pour mettre sur pied nos systèmes d’éducation et de santé publics, créer notre tissu social et être « Maîtres chez nous ». Pour être l’une des sociétés les plus égalitaires et riches du monde.
 
Espérons qu’après l’austérité, la CAQ et François Legault, nous aurons notre Révolution tranquille à nous. Une révolution verte, progressiste et inclusive, main dans la main avec les peuples autochtones, pour que je puisse enfin aimer mon Québec.

Aparté

J’ai écrit la première version de cet article lors de la campagne électorale à l’automne 2022. Après l’avoir envoyé à divers périodiques, aucun ne semblait intéressé à le publier. Bredouille, le jour du vote venu, j’ai décidé de le partager sur mes réseaux sociaux ce qui m’a permis de faire connaissance avec Diane Yeung, journaliste à The Rover.
 
Je connaissais déjà The Rover, un média indépendant qui couvre des thèmes et enquête sur des problématiques trop souvent délaissées par les médias traditionnels comme celles touchant les nations autochtones, les nouveaux arrivants, les victimes du système carcéral et de la brutalité policière. L’équipe fait ce travail exceptionnel avec des moyens limités, en période de coupures majeures dans les médias et pendant que Meta bloque l’accès aux nouvelles sur Facebook et Instagram.
 
Diane m’a demandé si j’étais intéressé à écrire un article dans le cadre de leur série d’essais explorant les sentiments d’appartenance (ou de non-appartenance) au sein du Québec. J’ai accepté sans hésiter. Elle m’a mis en contact avec la rédactrice adjointe, Savannah Stewart, qui m’a invité à plonger plus en profondeur sur ce à quoi ressemblerait ce Québec dont je rêve brièvement à la fin de mon article plutôt pessimiste. Le voici.

Le Québec dont je rêve

Je rêve d’un Québec qui assume sa plurinationalité et son multilinguisme. Un Québec où on s’efforce de préserver autant la langue française que les langues autochtones parlées sur son territoire. Où ces langues sont valorisées, enseignées, écrites dans nos rues et parlées dans l’espace public.
 
Un Québec où les peuples autochtones ont le contrôle de leurs territoires, ressources, populations et gouvernances. Un Québec qui reconnaît la discrimination systémique et lutte afin d’offrir les mêmes opportunités à tous ses citoyens, peu importe qui ils sont ou d’où ils viennent.
 
Un Québec carbonégatif qui devient un pôle mondial en économie solidaire, en innovation sociale et en transition écologique. Où les travailleurs, les entreprises, les organismes et les institutions rêvent de s’y établir.
 
Un Québec qui accueille à bras ouverts les nouveaux arrivants, qu’ils soient demandeurs d’asile ou investisseurs.
 
Un Québec qui défend les droits des personnes issues de la diversité sexuelle et de genre. Qui rend tous ces espaces accessibles et inclusifs.
 
Un Québec où les Autochtones, les néo-Québécois et les travailleurs de toutes origines construisent ensemble un Québec plus juste, plus égalitaire et plus abondant pour tous et toutes, pas seulement pour une poignée d’ultra-riches. Qui s’inspire du Japon et de la Finlande et met fin à l’itinérance.
 
Un Québec qui affronte ses squelettes de la colonisation, du génocide et de l’esclavagisme qui trainent dans son placard. Qui se réconcilie avec les peuples autochtones et qui tend la main aux autres populations marginalisées.
 
Un Québec qui renforce son tissu social déchiré par des années de laissez-faire et d’austérité. Où l’éducation est gratuite, de la maternelle à l’Université. Où chaque citoyen a accès à un système de santé accessible et de qualité, sans devoir aller au privé. Qui met fin à la pauvreté infantile. Où se loger et se nourrir adéquatement est un droit, pas un luxe.
 
Un Québec qui se bâtit sur les fondations de la Révolution tranquille de Jean Lesage, du nationalisme d’ouverture de Gérard Godin et des savoirs ancestraux autochtones. Pour que l’on puisse collectivement en finir avec le cauchemar du néolibéralisme et du nationalisme identitaire et que mon rêve devienne réalité.

Author
Rali Jamali est un écrivain et activiste Québécois qui s’intéresse à divers enjeux de justice sociale avec un intérêt marqué pour ceux en lien avec l’immigration, les droits des minorités, la montée de l’extrême-droite et les relations Nord-Sud. Après avoir obtenu son baccalauréat en affaires publiques et relations internationales à l’Université Laval, Rali Jamali a travaillé plusieurs années comme coopérant volontaire en Amérique latine avec SUCO et OXFAM-Québec. Son travail avec des jeunes migrants et autochtones en Bolivie, au Honduras et au Salvador lui a permis de développer une meilleure compréhension des enjeux et injustices qui affectent les populations du “Sud Global”. Depuis son retour au Québec, Rali continue à s’impliquer dans diverses organisations de la société civile, à commenter l’actualité et à partager ses réflexions et analyses dans diverses tribunes.
Comments (3)
  1. Je suis né en 1943 rue henri=julien à cheval sur le plateau et le Mile end,Je peux dire j ai eu un enfance pauvre mais riche en culture , ms amis étaient tous des enfants d immigrants. Les DP appelé à cette époque, chacun avec ses religions, ses coutumes et son respect mutuel, des fêtes de tout acabit, Ces gens là arrivent pour se faire une meilleur vie et prospérer. Vers 1990, une immigration massive aussitôt rendue exige des accommodements déraisonnables ., exige le retrait de coutumes identitaires, de nod fêtes religieuses et coutumes festives, et se servent de nos lois contre la terre d accueil, tout refus est reconnu comme du rarissime et multi phobes. Nous sommes pas un peuple raciste ,toujours accueillant, mais qui doit se défendre, nostalgique des années 50, ou Montréal était cosmopolitain et non multi culturelle,

  2. To write an entire article on the denial of the decline of French in Quebec without ever mentioning the American neighbor and the linguistic and cultural pressure of the English-language media, whether social or traditional… is to display a kind of serious bias. Figures mentioned with few sources…. As for the attack at the Polytechnique, due above all to mysogyny, not a very good example of the absence of violence by Muslim immigrants. Could he instead tell us about the virtues of immigrant culture in the case of the Shafia family who drowned their children who were threatening to assimilate to the culture here? An example to follow? I live in a neighborhood with many Muslims and veiled women. I could write an article as long as Mr. Jamali’s on the many examples of their refusal to approach, to share, to dialogue: refusal to accept a treat or to share a meal graciously offered, looking away from a woman in summer clothes…while her husband follows in his undershirt in public… etc. As for illiterate elders…my generation generally notes that today’s university graduates write a quality of language (and in French and English!) that resembles what we did coming out of elementary biasschool in the 60s. What can you say to someone who’s chosen to come here and can spend so much energy describing us as lousy?
    p.s.
    « un nouvel bouc émissaire… »
    « mais ne s’importe peu du taux… » note from an illiterate but bilingual old woman!

  3. Écrire un article complet sur le déni du déclin du français au Québec sans jamais mentionner la voisin américain et la pression linguistique et culturelle des médias anglophones, médias sociaux ou classiques… tient d’une sorte de limite intellectuelle grave. Des chiffres mentionnés avec peu de sources…. Pour ce qui est de l’attaque à Polytechnique due surtout à la mysogynie, pas un très bon exemple pour parler de l’absence de violence des immigrants musulmans. Pourrait-il plutôt nous parler des vertus de la culture des immigrants dans le cas de la famille Shafia qui a noyé ses enfants qui menaçaient de s’assimiler à la culture d’ici? Exemple à suivre? Je vis dans un quartier où il y a beaucoup de musulmans et femmes voilées. Je pourrais écrire un article aussi long que celui de monsieur Jamali sur les nombreux exemples de leur refus de s’approcher, de partager, de dialoguer : refuse d’accepter une friandise ou de partager un repas offert de bonne grâce, détournement du regard sur une femme en vêtement d’été…pendant que son mari suit en camisole en public… etc. Pour ce qui est des aînés analphabètes…ma génération note en général que les finissants universitaires d’aujourd’hui écrivent une qualité de langue (et en français et en anglais! ») qui ressemble à ce qu’on faisait en sortant du primaire dans les années 60. Que dire à quelqu’un qui a choisi de venir chez nous et qui peut dépenser tant d’énergie à nous décrire comme infects?

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