Voici comment les candidat·es à la mairie de Montréal lutteraient contre l’itinérance
À l’approche de l’élection municipale du 2 novembre, les partis en lice expliquent comment ils augmenteraient la capacité des abris, géreraient les campements et renforceraient la sécurité publique.

Cet article a été traduit de l’anglais vers le français par Géraud Le Carduner. Lisez la version originale ici.
Dans un récent sondage, la firme Léger a demandé à la population montréalaise quels sujets la préoccupaient le plus à l’approche du scrutin : l’itinérance occupait la deuxième place, juste derrière le logement et devant la taxation, la circulation routière, le transport collectif et la criminalité.
Les principaux partis municipaux de la ville ont réagi en faisant de l’itinérance un pilier de leur plateforme. Leurs candidat·es promettent de s’attaquer au manque de places en abri et à la pénurie de ressources pour les personnes itinérantes, et veulent bonifier le financement des organismes d’aide aux personnes vulnérables et aux sans-abri.
Projet Montréal et Ensemble Montréal ont tous deux juré de « mettre fin à l’itinérance ».
Luc Rabouin, candidat à la mairie de Projet Montréal, promet de régler le dossier d’ici 2030. Son parti prévoit de construire 500 logements modulaires et 500 logements de transition, et de protéger et enrichir l’offre de maisons de chambres hors marché. Monsieur Rabouin propose de doubler le financement des organismes d’aide aux sans-abri dans les prochaines années, mais le parti tient à offrir des logements de longue durée plutôt que des abris temporaires. En août dernier, Projet Montréal a annoncé que ces organismes recevraient 22,5 M$ sur 3 ans.
Selon Ensemble Montréal, l’élimination de l’itinérance prendrait quatre ans. La candidate à la mairie du parti, Soraya Martinez Ferrada, propose de consacrer 100 M$ à l’achat de bâtiments à convertir en abris d’urgence, assortis de 120 M$ sur 3 ans pour les organismes de soutien et les équipes d’intervention. Son parti veut s’affranchir de l’approche « saisonnière » qui n’augmente la capacité des abris qu’en cas de météo extrême. Il promet également de construire 2 000 logements de transition et permanents, avec soutien psychosocial.
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Une des premières mesures de Transition Montréal serait la déclaration de l’état d’urgence dans le dossier de l’itinérance, ce qui permettrait à la Ville de convertir des hôtels et bâtiments vacants en abris temporaires pendant la saison froide. Le parti de Craig Sauvé triplerait le financement des organismes communautaires en itinérance. Il propose également de transformer le parc immobilier inutilisé afin de répondre à court terme au besoin d’abris. Pour financer sa lutte contre l’itinérance et le coût du logement, le parti prélèverait une nouvelle taxe foncière sur les propriétés unifamiliales de luxe valant plus de 3,5 M$.
Action Montréal veut créer une table de concertation d’organismes communautaires pour « harmoniser leurs services (refuges, soins, réinsertion) et éviter les doublons ». Le parti convertirait certains des 80 bâtiments vacants de l’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM) en abris pour la population des campements itinérants. Il promet d’offrir dans les deux ans des centres de transition avec tentes, sanitaires, services médicaux et sécurité, ainsi que des chambres permanentes pour trois profils : « personnes en difficulté économique, avec dépendances ou troubles mentaux ». En attendant, le parti inviterait les lieux de culte, comme les mosquées et les églises, à devenir des abris temporaires.
Futur Montréal propose que l’OMHM s’associe au secteur hôtelier pour offrir des forfaits mensuels aux personnes se trouvant temporairement en situation d’itinérance involontaire.
Durant le mandat de la mairesse Valérie Plante, Projet Montréal a été critiqué pour les démantèlements de campements itinérants ces dernières années. Dans un récent rapport sur l’itinérance, l’Office de consultation publique de Montréal a pris position contre ces démantèlements. Luc Rabouin a déclaré que la population des campements devrait être transférée dans des logements modulaires, mais n’a pas indiqué si son parti poursuivrait les démantèlements.
Soraya Martinez Ferrada et Craig Sauvé ont déclaré que les démantèlements ne sont pas une solution viable; pour Mme Martinez Ferrada, la ville a besoin de logements de transition. Dans les 100 premiers jours, Ensemble Montréal mettrait en place un Groupe d’intervention tactique sur l’itinérance (GITI) et un protocole pour les campements. Transition Montréal prévoit quant à lui d’adopter une politique zéro démantèlement. Le parti de Craig Sauvé assurerait la présence de travailleur·euses communautaires et de services de base dans les campements, tout en y limitant la présence policière.
Cette approche s’inscrit dans la vision globale de Transition Montréal : réduire le nombre d’interactions entre la population itinérante et la police. Cette vision s’articule autour de la création d’un service civil de réponse aux crises, dont les professionnel·les s’occuperaient des appels au 911 pour problèmes de santé mentale et de personnes itinérantes en crise. Le parti veut couper dans le « gaspillage » des heures supplémentaires au SPVM et rediriger ces fonds vers le nouveau service civil. Il compte aussi mettre fin aux interpellations de rue arbitraires, qui touchent de façon disproportionnée les populations noire et autochtone de Montréal.
Futur Montréal propose une ligne téléphonique dédiée pour les interventions sociales, mais toujours sous la supervision de la police. Son candidat à la mairie, Jean-François Kacou, promet de sévir contre la criminalité et défend une politique de « tolérance zéro » en matière de violence et de drogues.
Ensemble Montréal, Futur Montréal et Action Montréal désirent tous augmenter la présence policière dans les zones « à risque » et le nombre de caméras dans les espaces publics vulnérables. Soraya Martinez Ferrada ferait passer de 160 à 230 les constables spéciaux de la STM pour assurer la sécurité dans les stations – malgré les signalements de heurts violents entre les sans-abri et ces agent·es. Jean-François Kacou veut que les constables de la STM reçoivent une formation en intervention de première ligne.
Pour répondre aux préoccupations en matière de brutalité policière, Projet Montréal, Futur Montréal, Action Montréal et Ensemble Montréal veulent doter les agent·es de caméras portatives. La récente mort de Nooran Rezayi, un adolescent lavallois abattu par la police, a relancé les appels en faveur de ces caméras. Toutefois leur efficacité semble mitigée. Après un projet pilote en 2019, le SPVM a d’ailleurs conclu qu’elles sont chères et inefficaces. Le public avait accueilli tièdement ces caméras, notamment parce que les agent·es avaient le droit de les désactiver dans des cas exceptionnels.
Projet Montréal et Ensemble Montréal font tous deux la promotion des équipes « mixtes » – alliant travailleur·euses social·es et agent·es de police – pour améliorer les interventions auprès des sans-abri. Luc Rabouin désire rehausser l’efficacité de ces équipes, et Soraya Martinez Ferrada veut augmenter leur nombre dans les rues.
Ensemble Montréal, Projet Montréal et Transition Montréal veulent tous bonifier le financement des programmes de soutien au loyer pour les ménages menacés d’expulsion. Ensemble Montréal et Transition Montréal proposent de créer une banque d’aide municipale. Dans la vision de Transition Montréal, la banque couvrirait jusqu’à trois mois de loyer en cas de risque d’expulsion, et l’OMHM veillerait à ce que les personnes expulsées ne se retrouvent pas à la rue.
Ensemble Montréal remettrait 1 M$ de plus (sous forme de microprêts et d’autres ressources) aux organismes communautaires luttant contre les expulsions. Projet Montréal promet d’augmenter le financement des microprêts de la Maison du Père et de verser 1,5 M$ de plus aux comités logement, qui aident les locataires à faire valoir leurs droits, notamment lorsqu’une expulsion les guette.
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