Lettre d’une poète à propos du centrisme
La position centriste est, aujourd’hui, l’un des plus grands dangers qui guettent notre monde.

Depuis des années, Le Devoir se pare du masque de la « pluralité des voix » pour publier, semaine après semaine, les chroniques xénophobes, fascistes, racistes et réactionnaires de Christian Rioux dans ses pages.
Sur Instagram, des influenceurs comme Farnell brandissent l’idée que l’autoritarisme pourrait venir “de la gauche comme de la droite”, au moment même où celui-ci s’affirme à l’extrême droite et qu’on cherche encore, dans l’histoire récente de l’Occident démocratique, la dernière fois qu’un parti de gauche a instauré un régime autoritaire.
Dans ma boîte de réception Messenger, une dame m’accuse de sombrer dans « l’extrême-gauchisme » dès que je parle d’inégalités systémiques dans une publication. Pendant ce temps, à Longueuil, un policier abat un jeune en plein jour. Déjà, les réseaux sociaux bruissent d’excuses absurdes : “Il devait avoir l’air menaçant”, “Attendons la version officielle”, “On ne sait pas ce qui s’est vraiment passé”. Comme s’il fallait encore marteler qu’aucune hypothèse ne peut justifier le meurtre d’un enfant.
Nous sommes collectivement prisonniers d’un attachement malade à ceux qui nous dominent.
Véhiculer l’idée que tout parti pris n’est qu’une dérive par rapport à un prétendu centre “neutre”, c’est déjà adopter un biais. Ce biais aveugle les chroniqueurs, les journalistes et les politiciens aux préjugés les plus puissants et les plus délétères de notre époque.
Le centrisme se veut la maison commune de la nuance. On y célèbre le dialogue, la modération, la politesse et la retenue. Derrière la façade centriste, toujours cette même conviction : prendre parti serait dangereux en soi. Pourtant, le refus de choisir est une arme rhétorique au service des puissants. C’est ce culte du statu quo qui nous a menés là où nous sommes, largués dans un paysage où la fenêtre d’Overton glisse sans cesse vers la droite, où les offensives contre les droits fondamentaux se voient offertes comme un simple « débat équilibré ». Ce vocabulaire vient de la droite et aiguise sa lame dans les marges les plus brutales.
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La semaine dernière, Donald Trump a désigné le mouvement antifasciste comme organisation « terroriste », quelques jours seulement après l’assassinat de Charlie Kirk. Cette décision n’avait rien à voir avec la sécurité nationale : il s’agissait de criminaliser l’opposition au fascisme, de faire passer la résistance pour une menace équivalente. Dans ce contexte, le discours centriste d’un « juste milieu » s’effondre. On adhère à la logique autoritaire ou on s’y oppose. Il n’existe pas de troisième voie quand un pouvoir décide quelles vies méritent d’être vécues.
Prenons un exemple simple : le logement. On nous présente ça comme une question technique de régulation. Pourtant, deux projets s’affrontent. L’un vise à marchandiser les lieux pour la spéculation, l’autre à reconnaître le logement comme droit fondamental. Selon le RCLALQ, le loyer moyen d’un 4 ½ au Québec est passé de 1 222 $ en 2020 à 1 828 $ en 2024. Dans ce contexte, peut-on vraiment croire qu’un compromis reviendrait à autre chose qu’à protéger l’enrichissement avant la vie?
Il faut sans cesse se rappeler que la neutralité s’enracine dans des conditions matérielles. Ceux qui prêchent la modération peuvent le faire parce qu’ils disposent d’argent, de sécurité et d’un minimum de confort. Lorsque la faim, l’expulsion ou la répression guettent une personne, la modération révèle ce qu’elle est réellement : un privilège.
Dans les médias, la violence politique est représentée de manière asymétrique. On oublie souvent de mentionner que les grandes conquêtes sociales ont toutes été arrachées contre l’appel au calme du moment : droit de vote des femmes, sécurité au travail, assurance maladie. Rien de tout cela n’a jailli du centre. Ces acquis ont été concédés uniquement lorsque les luttes sont devenues impossibles à ignorer. La justice ne s’obtient jamais par consensus, mais par affrontement.
Certains affirment que l’autoritarisme n’aurait pas de couleur politique, qu’il pourrait surgir de n’importe quel camp, en oubliant que ce sont les finalités qui orientent les méthodes. Si un projet politique cherche à réduire les inégalités, même avec des méthodes imparfaites, il ouvre quand même des marges de liberté, parce qu’il améliore les conditions matérielles de vie et il donne plus d’autonomie aux individus. Si un projet politique cherche à accentuer les inégalités, alors peu importe son langage (« sécurité », « stabilité », « ordre »), il installe en réalité des mécanismes de domination. Et il en coûtera toujours moins de dominer un peuple que de le laisser libre.
Dire que « les deux côtés » représenteraient une menace équivalente, c’est offrir une respectabilité à ceux qui travaillent à l’érosion des droits. C’est dresser la table pour le banquet de l’extrême droite. Le fantasme d’un point de vue au-dessus des camps ne tient pas la route. Les sociétés changent dans leurs lignes de tension là où l’injustice devient intolérable. De grâce, ne privons pas le réel de son énergie transformatrice. Un pluralisme vivant naît lorsqu’on écoute les voix reléguées aux oubliettes et qu’on leur donne la possibilité de choisir, pas lorsqu’on fait du «policing» au nom d’un équilibre qui profite toujours aux mêmes.
Barthes le montre très bien dans Le Neutre : dans toutes sortes de domaines – en politique, en chimie, en zoologie – ce qu’on appelle neutre, c’est toujours ce qui ne produit rien et ce qui ne prend pas part. En somme, ce qui n’est pas fécond.
L’immobilisme n’apaise rien et au contraire, il organise une complicité mortifère avec l’oppresseur. La véritable question n’est plus de savoir si le centre est rassurant, mais à qui il sert, et quel prix il fait payer à celles et ceux qu’il réduit au silence.
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Chère Marie-Elaine,
Sylva Mslaughlin m’a partagé votre article « Lettre d’une poète à propos du centrisme » et j’ai été profondément touchée par vos mots. Je suis entièrement d’accord avec votre affirmation : « Nous sommes collectivement prisonniers d’un attachement malade à ceux qui nous dominent. »
Depuis 2007, j’attire l’attention sur la mortalité des enfants placés en institutions et en familles d’accueil, ainsi que sur les tragédies du suicide et de la violence chez les jeunes — des réalités impossibles à ignorer. Je crois qu’il est urgent d’ouvrir un dialogue et de mettre en place des plans concrets afin de sensibiliser davantage le public à ces enjeux.
Pensez-vous que nous devrions unir nos voix et nos efforts pour tenter de changer les choses ? Nous vivons une époque dangereuse, et il est de notre responsabilité de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour les générations à venir, qui sont particulièrement à risque.
Avec respect et gratitude,
Alfredine P
Bonjour Marie-Élaine,
Merci du fond du cœur pour cette magnifique lettre/poème.
Avec des mots justes et une douceur empreinte de force, vous avez su mettre en lumière ce que notre groupe — comme tant d’autres — tente de faire, chaque jour, avec cœur, conviction et résilience. Votre message m’a particulièrement touché, surtout ce passage :
« Comme s’il fallait encore marteler qu’aucune hypothèse ne peut justifier le meurtre d’un enfant. »
Ces mots résonnent profondément en nous.
Nous militons avec toute l’émotion et l’énergie que nous avons, en sachant que lorsque l’un de nous tombe, un autre prendra le relais. Et cette croix que nous portons… elle est bien réelle.
Notre organisme, Protecting Canadian Children, accompagne des familles partout au pays, confrontées à la dure réalité du système de protection de l’enfance. Nous sommes souvent les seuls à leurs côtés, face à l’injustice et à l’incompréhension.
Vous avez su, à travers votre plume, résumer avec une justesse bouleversante le sens de notre travail, la force de notre engagement, et l’urgence de défendre nos familles, de protéger notre société des discours enjôleurs mais dangereux, portés par celles et ceux qui parlent avec des langues de velours.
Si vous me le permettez, j’aimerais ajouter que ce travail de soutien ne vient pas sans conséquences. En défendant nos familles, nous nous exposons à l’intimidation, à la suppression, à des formes de coercition : perte d’emploi, pressions des départements de développement social, visites imprévues des travailleuses sociales, descentes de police sans motif ni poursuite…
Et les proches de ces victimes — leurs amis, leurs familles — que deviennent-ils dans tout ça ? Peut-on espérer qu’ils deviennent des citoyens en santé, capables de bâtir des communautés solides, justes, humaines ? Car c’est là le socle de toute société, qu’elle soit bonne ou mauvaise. Au plaisir de vous voir continuer votre travail très important, que diges, primordial. Merci.
Mme Alfrédine Linda Plourde, présidente et fondatrice de Protecting Canadian Children, a publié un texte dans le magazine de notre organisme (voir page 4, la référence se trouve à la fin du texte).
J’y apparais à la page 63 en tant que président du chapitre du Nouveau-Brunswick, aux côtés de notre chère collègue de Sayabec, en Gaspésie, Mme Louise Boulay, qui nous a généreusement transmis son savoir et son expérience pour nous guider.
Page 4 du magazine Protecting Canadian Children:
Recognition & Awards
-Alfredine (Linda) Plourde, the Founder of Protecting Canadian
Children, has been widely recognized for her tireless devotion to
preserving families and protecting our most vulnerable citizens,
the children.
-2020 – Recipient for Women of Distinction Award,
Education, Mentorship
-2020 – Recipient of the Ambassador for Peace Award,
Universal Peace Federation
-2020 – Nominated for Women of Distinction (YWCA)
-2019 – Nominated for Women of Distinction (YWCA)
-2016 – The Sovereign’s Medal for Volunteers (formerly the Caring
Canadian Award) awarded by His Excellency the Right
Honorable David Johnston, Governor General of Canada
-2014 – Recipient of the World Citizenship Award
-2014 – Recipient of the Calgary White Hat Award
-2014 – Nominated for Women of Distinction Awards (YWCA)
-2011 – Nominated for Women of Distinction Awards (YWCA)
-2012 – Nominated for Stoney Creek Senior Citizen of the Year
-2007 – Founder of Protecting Canadian Children
-2006 – Author of Protecting Canadian Children
-I am very honored and thankful to have been nominated for and to
have received these awards. Something I keep in mind is that an award
means that you should always be willing to talk about the work you
do for the awards to have their full value.
What these awards represent for me is that I am able to lay my head
down at night and be at peace with how I live my life. Knowing that
I do what I can to safeguard the rights of children and their families.
To those who nominated me, thank you. I am honored to know all
of you. You are beautiful people and I love you all!